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Souccot

Souccot, le temps paradoxal

de notre joie

 Par Dr. Debbie Weissman

 

 Au cours des derniers mois, nous avons vu sur nos écrans de télévision deux aspects, documentant deux genres très différents d’événements. Le premier, mi-août, constituait l’évacuation par Israël de 25 colonies juives dans la bande de Gaza et la Banque d’Ouest. Le deuxième, fin août début septembre, qui impliquait un ensemble très différent de circonstances, consistait en la dévastation d’une région située dans le sud des Etats Unis, causée par le sillage de l’ouragan Katrina. Sans essayer de comparer ces deux événements manifestement incomparables, nous pouvons, néanmoins, retrouver un thème commun – dans le premier cas quelques milliers de gens, dans le second, des centaines de milliers de gens, ont soit quitté, soit perdu leurs foyers. Nous avons tous eu l’occasion de réfléchir à la signification des termes “foyer” et “être sans abri”. Bien qu’il s’agisse de concepts et d’expériences universels humains, ils peuvent être particulièrement significatifs pour le peuple juif qui, depuis presque deux mille ans d’histoire, s’est vu comme un peuple en errance sans foyer. Aujourd’hui, dans un certain sens, la plupart des Juifs dans le monde ont deux foyers – leur foyer physique dans la diaspora – et, dans la plupart des cas, dans une diaspora démocratique qui les accueille avec les pleins droits de citoyenneté – et leur foyer spirituel en Israël. La fête qui intensifie le plus ces thèmes est Souccot.

Depuis des temps anciens, cette dernière a été la plus joyeuse de toutes les fêtes juives. Elle débute le 15ème jour du septième mois et la première nuit est généralement celle de la première pleine lune au moment ou après l’équinoxe automnal. La première raison de la joie est la récolte d’automne et c’est définitivement un temps où nous nous sentons proches de la nature, mais sur cette base, davantage de niveaux de significations ont été ajoutés. Souccot est un temps riche en symboles. Peut-être le plus évident est la Soucca, la cabane où les anciens Hébreux avaient reçu l’ordre de “demeurer” pendant sept jours. Le texte biblique (Lévitique 23, verset 42-43) déclare que la raison de cette pratique est “Vous habiterez sept jours sous des huttes. Tous les citoyens d’Israël habiteront sous des huttes afin que vos descendants sachent que j’ai fait habiter sous des huttes les Israélites quand je les ai fait sortir du pays de l’Egypte.”

Les rabbins du Talmud débattent le fait s’il s’agit de véritables cabanes ou d’un symbole des colonnes de nuée et de feu par lesquelles le Seigneur nous a guidé à travers nos errances dans le désert. Ainsi, la Soucca symbolise la Divine Providence. Paradoxalement, peut-être, elle symbolise la fragilité de l’existence humaine. Lors de la moisson – précisément au moment ou le fermier est enclin d’être plein d’espoir et d’optimisme – nous avons l’ordre de quitter nos maisons solides et permanentes et de déménager dans des demeures temporaires dans le but de nous souvenir toujours de la générosité de Dieu et du don de la vie. A travers le toit de chaume de la Soucca, nous devons être capables de voir le ciel. Certaines personnes dorment effectivement dans la Soucca, d’autres n’y prennent simplement que leurs repas, souvent avec des invités dans un esprit de joie et d’amitié. (En effet, un autre sous-thème de la fête est l’égalité sociale.) La Soucca, montre alors la dialectique de foyer et le fait d’être sans abri, réciproquement pour Israël, (la moisson) et la diaspora. Mais, de nouveau, paradoxalement, la Soucca représente les deux, la Mitsva dans laquelle nous entrons avec tout notre être (tel que vivre en Israël) et une “maison loin du – foyer” (comme la diaspora).

 

Le deuxième ensemble de symboles est le Arba Minim, les “Quatre Espèces”, délinéé dans le Lévitique 23:40, la branche de rameau et le citron, le myrte et le saule. Pour chacun des sept jours (excepté Chabbat), faisant partie de l’office de la prière du matin, nous prenons ces quatre espèces dans la main et les agitons dans six directions : vers l’est, le sud, l’ouest et le nord, vers le haut et vers le bas, pour, encore une fois, indiquer la Providence de Dieu sur notre existence toute entière. Beaucoup d’explications ont été données concernant le symbolisme des Quatre Espèces. L’une des mieux connues est que chacune des espèces est comparée à un genre différent de personne. Le citron, qui possède aussi bien le goût et la fragrance, représente des personnes qui ont aussi bien l’érudition et font des bonnes actions. La branche de rameau, qui possède bien le goût, mais pas de fragrance, est comparée à une personne qui a de l’érudition, mais sans les actions. Le myrte a la fragrance, mais pas de goût, comme une personne d’action sans érudition. Le saule ne possède ni l’un ni l’autre, et ce sont des personnes sans action ni érudition. Mais, c’est seulement en les prenant tous ensemble que nous créons une réelle communauté.

Dans les synagogues, chaque matin de ces sept jours (excepté Chabbat), les fidèles marchent en procession autour de la synagogue, portant leur jeu des Quatre Espèces en chantant. Ces processions portent le nom des prières que l’on chante pour les accompagner — hoshanot (comme le mot anglais “hosannas”). La réelle signification de Hosanna est “Oh, Seigneur, nous te supplions de nous sauver.” Le septième jour est appelé Hosanna Rabba ( “le grand Hosanna”.) Ce jour-là, la congrégation marche autour de la synagogue sept fois. La tradition rabbinique veut que bien que notre destin soit signé et scellé à Yom Kippour, le Livre de la Vie ne soit pas réellement rangé jusqu’à Hosanna Rabba, pour que nous ayons une chance de continuer le processus de Techouva et d’expiation un peu plus longtemps.

Un célèbre rabbin, connu en tant que Maharal de Prague, qui vivait au seizième siècle, demanda la signification du nombre sept. Pour les Juifs, sept représente le Chabbat, l’année sabbatique, Souccot, les sept bénédictions lors d’un mariage, un deuil de sept jours (connu comme “séance chiva” chiva signifiant sept) et bien d’autres choses encore. Il suggéra que le nombre six représente le monde physique dans lequel nous vivons, constitué des six directions vers lesquelles nous agitons le Arba Minim, mentionné plus haut. Notre monde physique devient alors comme un cube fait de six facettes. Le nombre sept représente une dimension spirituelle supplémentaire qui entre dans le monde physique. Nous travaillons six jours, le septième jour est Chabbat. Pendant six années, nous travaillons la terre ; la septième année est l’année sabbatique, un temps pour la réflexion et l’étude. Quand deux personnes se réunissent ou si, à Dieu ne plaise, quelqu’un meurt, ce sont des événements dans le monde physique ; quand nous célébrons leur relation lors du mariage ou si nous pleurons une perte à l’intérieur du contexte communautaire, nous avons ajouté une dimension spirituelle.

De nouveau, peut-être paradoxalement, le livre biblique associé à Souccot est ecclésiaste. Ainsi, lors de la fête la plus joyeuse de l’année, nous lisons une œuvre quelque peu sombre et même parfois sardonique. Cela peut faire partie de la raison pour lire le livre – afin d’atteindre un certain sens d’équilibre (tel que de briser un verre lors d’un mariage, le moment de notre joie la plus importante. En effet, certains érudits ont comparé la Soucca à un baldaquin de mariage.) On fait allusion à cet équilibre dans le troisième chapitre des Ecclésiastes qui commence : “Pour chaque chose il y a une saison et un temps pour chaque dessein sous le ciel : un temps pour naître et un temps pour mourir ; … un temps pour pleurer et un temps pour rire ; un temps pour faire le deuil et un temps pour danser ; …un temps pour aimer et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre et un temps pour la paix.”

Il peut y avoir une relation entre ce thème d’équilibre et le fait que lors de Souccot, le jour et la nuit ont une durée égale. Il peut même y avoir une relation avec le signe zodiacal du mois de Tichrei, la Balance et l’instrument de la balance. Mais, la relation principale avec la balance peut être la pesée et le rééquilibrage (mise en balance) de nos bonnes et mauvaises actions, dans le processus de Techouva et d’expiation. Finalement, nous pouvons mettre en relation le thème de l’équilibre avec le thème de foyer et d’être sans abri. Quand nous sommes dans notre foyer dans une atmosphère d’harmonie (qui en hébreu porte le joli nom de « Ch’lom Bayit », littéralement “la paix de la maison”), alors, nous ressentons véritablement le sens de l’équilibre dans nos vies.

 

 

 

Chemini Atzeret-Simchat Torah

Dans la Torah, après avoir discuté de la fête de Souccot, il est déclaré “…le huitième jour sera une réunion sacrée pour vous…” Aucune signification spéciale est donnée à ce jour, seulement une façon festive de conclure le congé de Souccot. Comme la Halacha (la loi juive religieuse) a évolué d’une certaine façon, Chemini Atzeret était simplement la fin de Souccot, pendant que dans d’autres cas, il s’agissait d’une fête séparée. L’office de la synagogue incluait une prière pour la pluie. Durant les sept jours de Souccot, soixante-dix bœufs sacrificiels étaient offerts, certains disent que c’était une manière de prier pour le bien-être des soixante-dix nations connues dans le monde. Le jour de Chemini Atzeret (littéralement “la huitième assemblée”), un bœuf était offert au nom du seul peuple juif. Ainsi, de nouveau, nous avons un sens d’équilibre entre les dimensions universelles et les dimensions particulières de nos prières.

Cependant, même les rabbins du Talmud ont senti que Chemini Atzeret n’avait pas autant de contenu et ils ont raconté la chose suivante Midrach : “Cela peut être comparé à un roi qui avait un ami. Le roi invita l’ami à rester chez lui dans le palais pendant quelques semaines. Ils passaient de merveilleux moments ensemble, en faisant des fêtes et en se réjouissant de la compagnie de l’autre. Mais, hélas, les bons moments devaient avoir une fin. Juste avant que le temps n’arrive pour l’ami de quitter le palais et de rentrer chez lui, le roi disait : ‘Mon cher ami, avant de quitter mon palais, s’il vous plait, ayons encore une dernière fête pour terminer ce joyeux moment.’ ”

Ainsi, disait le rabbin, le mois entier de Tichrei est un temps joyeux où nous sommes les invités dans le palais du Roi (dans le Midrachim, le roi est presque toujours un symbole du Seigneur). Même si nous demeurons peut-être dans une petite cabane – une Soucca – nous sommes dans le palais de Dieu. Ainsi, la vraie signification de Chemini Atzeret est une sorte de fête finale pour conclure la saison des congés avant de retourner à la vie de tous les jours. Néanmoins, les fêtes se sont développées dans la diaspora de telle manière qu’elles sont devenues plus longues que cela est spécifié dans la Torah. Des jours supplémentaires ont été ajoutés. Initialement, les jours ont été ajoutés parce que l’on n’avait pas de possibilité de faire des calculs calendaires à l’avance. Au moment où la nouvelle lune était repérée à Jérusalem, la cour juive Sanhedrin, envoyait des messagers aux communautés de la diaspora pour les informer du nouveau mois, pour qu’elles puissent calculer le moment de la prochaine fête. Mais, parfois, il fallait du temps pour les messagers pour arriver et il a été décidé que la façon de résoudre le problème était d’ajouter un jour supplémentaire à la fête dans la diaspora, en raison de l’incertitude des dates. (Maintenant, que nous avons des calendriers pour des centaines d’années, les Juifs réformateurs et certains Juifs conservateurs ont supprimé le jour supplémentaire pour la diaspora. Les Juifs orthodoxes et beaucoup de Juifs conservateurs ont maintenu le jour supplémentaire, aussi bien pour des raisons de tradition que par le désir de faire une distinction entre Israël et la diaspora.)
De toute façon, si un jour de Chemini Atzeret n’était pas aussi significatif que cela, que pourrait-on faire avec deux jours ?

– pour le développement du calendrier juif – la pratique courante de lire la Torah dans un cycle triennal avait été abolie en Babylonie en faveur d’un cycle annuel. Le concept de portion hebdomadaire avait été introduit.
(Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui quelques congrégations ont choisi de retourner vers le cycle triennal de lecture, mais ont préservé le concept de la portion hebdomadaire, ainsi, chaque semaine, elles font la lecture de seulement un tiers de la portion hebdomadaire concernée.) Pendant les temps Gaoniques – probablement autour du neuvième ou dixième siècle de l’ère commune

– le deuxième jour de la fête de Chemini Atzeret est devenu connu en tant que Simchat Torah, réjouissance avec la Torah. Dans les synagogues dans le monde entier, c’est la période pour sortir tous les manuscrits, en marchant avec eux et en dansant avec eux, etc. La dernière partie du Deutéronome est lue, en même temps que la première partie de la Genèse, pour que le cycle de la lecture de la Torah ne s’arrête effectivement jamais.
De retour en Israël, où nous avons seulement huit jours de fête et non neuf, nous devons combiner à nouveau Chemini Atzeret avec Simhat Torah. Maintenant, plutôt que de chercher une signification, nous devons entasser beaucoup de significations apparemment contradictoires dans une seule journée. Par exemple, aux temps médiévaux, c’est devenu une coutume dans les communautés ashkénazes de réciter à Chemini Atzeret la prière commémorative connue comme Yizkor. Certains gens en Israël trouvent incompatible, le jour joyeux, presque frivole de Simhat Torah avec le fait de faire une pause et de changer d’humeur pour Yizkor. Cela rend également l’office de la synagogue très long ce jour-là.
Finalement, le cycle des fêtes dans le calendrier juif est intimement lié au cycle de la pluie du pays d’Israël. Chemini Atzeret indique la fin de la saison sèche et le commencement de la saison des pluies. Une prière spéciale pour la pluie fait partie de la liturgie. Peut-être, que ce thème, également, s’accorde avec la notion d’équilibre. Un nombre d’histoires rabbiniques racontent combien il est important d’avoir juste l’exacte quantité de pluie assez pour maintenir la culture, mais pas trop, sinon elle serait destructrice.

Souccot est probablement la fête la plus universelle de toutes les fêtes juives. En effet, la Portion Prophétique lue le premier jour de la fête, parle d’un futur dans lequel toutes les nations du monde viendront à Jérusalem pour célébrer Souccot (le quatorzième chapitre de Zacharie, spécialement les versets 16-19. La punition pour ne pas célébrer Souccot est un manque de pluie !) Espérons que l’année prochaine, les nations du monde n’auront pas à souffrir ni de la sécheresse, ni d’inondations dévastatrices.

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