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parasha ki tavo

                         Parashat Ki Tavo 

Il existe de nombreuses manières de lire et de comprendre une Parasha. Mais toutes se rattachent finalement à deux méthodes d’analyse différentes.

La première consiste à travailler sur les grands thèmes de la Parasha, à les développer et à les expliquer. Ainsi, cette semaine, les deux principaux thèmes de la Parashat Ki tavo concernent le lien à la terre d’Israël (à travers la cérémonie des prémices) et la question de l’exil et de la délivrance (à travers le long texte des malédictions et des bénédictions).

 

L’autre approche consiste à ne travailler que sur quelques versets, voire sur l’un d’entre eux seulement, quitte à le sortir de son contexte immédiat pour envisager une autre lecture que celle induite par le fil du « récit ». Bien qu’apparemment contradictoires, ces deux techniques sont en réalité complémentaires et ne font que traduire le génie du texte de la Torah et de ses lectures multiples et entrecroisées.

A titre d’application de la deuxième approche, examinons le verset 16 du chapitre 26, dans lequel Moïse déclare au peuple : « Ce jour-ci l’Eternel ton Dieu t’ordonne de faire ces lois-là et ces jugements, et tu les garderas et tu les accompliras de tout ton cœur et de toute ton âme ».

Sur le début de ce verset, Rashi, s’inspirant du midrash Tanh’ouma, commente : « Chaque jour ils seront à tes yeux nouveaux comme si tu venais d’en avoir reçu l’ordre ce même jour ». Cependant, si nous prenons la peine d’examiner le texte original du midrash, nous constatons qu’il présente les choses sous un langage différent : « Chaque jour, la Torah sera précieuse à vos yeux comme si vous l’aviez reçue au mont Sinaï ce même jour ».

Le midrash, comme Rashi, se posent une même question : que signifie l’expression « ce jour-ci ». Ouvrant la voie, le midrash Tanh’ouma avait expliqué qu’il s’agissait de vivre la Torah comme si elle venait de nous être donnée à l’instant, comme si elle était véritablement toute neuve. Rashi acquiesce à ce commentaire, mais il désire aller plus loin, et nous montrer ce que signifie le fait que la Torah doit nous apparaitre non comme un vieux document, plein de poussière, mais comme quelque chose de neuf. Le fait qu’elle nous soit précieuse comme au premier jour n’est pas suffisant en lui-même. Ce qui la rend précieuse, pour Rashi, c’est notre capacité de renouvèlement de lecture et d’accomplissement des commandements.

La traduction commentée en anglais de Rashi, dans la collection Art Scroll, cite le Rav Elyaouh Mordechaï Maza commentant cette lecture de Rashi dans son livre « Mesiach Ilmim » : « Ainsi « ce jour-ci » ne doit pas être compris littéralement. Cela implique que les commandements de la Torah ne doivent jamais devenir une routine ».

Suivant cette explication, le secret de la modernité permanente de la Torah se trouve dans notre capacité d’en faire quelque chose de nouveau chaque jour, ce que nous pourrions désigner par le renouvèlement permanent du Judaïsme, « h’idoush hayahadout ».

Le commentaire de ce verset, tel que nous venons de l’exposer, est intéressant tant sur sa forme que sur son fond. Sur la forme, nous voyons exactement quel est le travail de la tradition : non pas répéter « par routine » ce que les générations précédentes ont affirmées, mais se servir des commentaires des maitres du passé comme tremplin pour aller plus loin dans la réflexion et la profondeur : le midrash commente le verset, Rashi ajoute sa propre contribution au midrash, et le Rav Maza approfondit la pensée de Rashi. Il y a donc ainsi continuité, assurant la pérennité du Judaïsme, mais également son renouvèlement, garantissant la capacité de survie du Judaïsme dans un monde en perpétuel changement. Or, nous voyons bien que cette « forme » est en même temps l’illustration même du « fond’ de ce verset. L’écho de la voix du Sinaï, reprise par Moïse dans son grand discours du Deutéronome, répercutée et réinterprétée par chaque génération de commentateurs, nous ordonne de garder cette capacité de l’équilibre entre tradition et renouveau, entre passé et présent. Car notre futur se construit à travers l’audace de la pensée recréée, seule capable de s’opposer aussi bien à l’ignorance de la rupture qu’à l’impuissance de la routine.

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