Robert : sa foi, d’abord une histoire d’amour et des rencontres

J’ai 85 ans et je suis violoniste.

A l’âge de 6 ou 7 ans, mes parents m’ont amené à l’église, une église arménienne.

Plus tard, âgé d’une quarantaine d’années, quand je me suis intéressé aux choses de D.ieu, je me suis interrogé sur la démarche spirituelle de mes parents.

J’ai compris qu’ils fréquentaient cette église par tradition. On se dit chrétien, donc il faut aller de temps en temps à l’église. Ils s’y rendaient par habitude. Leurs parents et leurs parents avant eux y allaient ; ils avaient donc été éduqués comme cela.

Dans ma relation à D.ieu, j’ai alors compris que j’avais un choix à faire : adopter la conduite de mes parents ou la jouer à 100%.

Participer essentiellement aux fêtes religieuses, aux grands moments religieux, cela ne m’intéressait pas. Pour moi, c’est libérer sa conscience, avoir la sensation du devoir accompli. Selon moi, c’est de l’hypocrisie.

Cela me rappelle le témoignage d’un chauffeur de taxi qui m’a dit un jour : « Ma femme va à l’église 4 ou 5 fois par semaine. Moi, je suis chrétien mais pas pratiquant ». Pour moi, cela n’a pas de sens. Si tu es croyant, tu dois jouer le jeu à fond.

Un moment troublant

A l’époque, ma première femme Rose était gravement malade. Deux ou trois ans avant qu’elle ne nous quitte, un livreur de vin m’a parlé d’une église évangélique où il se passait des choses, des miracles. Rose et moi y sommes allés.

La première fois, nous nous sommes installés au fond. Nous avons appris qu’avant sa conversion, le prédicateur, un gitan, avait fait de la prison. Cet homme avait des dons de voyance, que D.ieu a utilisés pour Sa Gloire.

Je précise que par voyant, je ne parle pas des médiums, de ceux qui lisent dans les lignes de la main, etc. Ça, c’est de la voyance diabolique. Je pense par exemple au prophète Samuel, le voyant de D.ieu. Je pense aussi au discernement, l’un des dons de l’Esprit.

Un jour, en pleine prédication, ce pasteur évangélique s’arrête brusquement et prononce ces mots : « L’Esprit de D.ieu me parle. Il y a une femme assise au fond de la salle, qui ne voit presque plus. Qu’elle s’approche ! ».

Ma femme et moi étions stupéfaits, car nous ne connaissions personne dans ce lieu. J’avais les larmes aux yeux. Une dame s’est approchée de nous et a conduit ma femme à travers les rangées devant le pasteur, qui lui dit alors : « Ne dites rien Madame, l’Esprit de D.ieu me parle, les médecins ne pourront plus rien pour vos yeux. Seule la foi vous sauvera. » Et nous avons repris nos places.

Une Voix à nulle autre pareille

Je fréquentais cette église évangélique depuis quelques semaines. J’étais aussi musicien dans une boite de nuit à Beauvais.

Cette nuit-là, un samedi vers trois heures du matin, je pensais au cachet que j’allais toucher deux heures plus tard. Je songeais à mon trajet du retour. Je parlais à D.ieu en pensée, je lui disais que je me rendrais à l’église ce dimanche matin-là.

Nous étions sur une estrade, sous les projecteurs. Mon jeune fils, Jean-Christophe, était à mes côtés. Tout à coup, les lumières s’éteignirent dans la salle. Je lui demanda ce qui se passait. Il me répondit : « Mais non, Papa, les lumières sont allumées. »

Dans ma conscience, j’ai alors senti une voix qui m’a dit : « D’après ce que tu m’as dit tout à l’heure, tu vas aller au culte. Alors, qu’est-ce que tu fais encore ici ? ».

Si n’importe qui m’avait dit « Qu’est-ce que tu fais dans les boites de nuit alors que tu crois en D.ieu ? », je n’y aurais pas accordé d’importance.

Mais là, venant de cette Voix, tout d’un coup dans ce lieu, tout m’a dégoûté. Je jouais dans les boites de nuit depuis plus de 25 ans. C’était fini.

Le lendemain, j’envoyais ma lettre de démission, expliquant que j’avais choisi une nouvelle vie. Au bas de cette lettre, j’écrivis en rouge : « Le diable est vaincu, D.ieu a gagné. Alleluia. » (Rires)

Par la suite, j’ai continué à fréquenter cette église, où je jouais de mon instrument, le violon.

Une erreur qui change tout

A 50 ans, j’étais caviste. Un octogénaire entra dans mon magasin, où il découvrit un grand vin. Il me demanda qui en était le propriétaire. Je lui répondis : « Je crois que c’est Dimitropoulos ». Je me repris aussitôt et ajouta : « Ah non ! C’est Mentzelopoulos ! ». Il me répondit alors : « Ah oui, parce que Dimitropoulos, c’est un chef d’orchestre. »

Je lui demanda s’il faisait de la musique. En guise de réponse, il me proposa de fermer mon magasin et d’aller écouter du Mozart chez lui. Ce que je fis quelques temps plus tard, à l’heure du déjeuner.

Entre temps, ma première femme Rose a du se rendre à l’hôpital. Cet homme me demanda régulièrement de ses nouvelles. Quinze jours plus tard, ce fut lui qui dut y aller. Et moi, hé bien, je ne suis pas allé lui rendre visite…

Quelques temps plus tard, je reçus un courrier de sa part. Il m’écrivait que nos relations musicales étaient rompues et il me demandait de ne plus venir chez lui : « Vous vous dîtes chrétien. Moi j’ai demandé des nouvelles de votre femme, et vous, vous ne venez même pas me voir à l’hôpital ! ».

Que répondre ?

Devais-je répondre impoliment que ma femme Rose était aveugle, que je devais m’occuper des enfants et des livraisons à la fermeture du magasin, le soir après 20h ? Non, c’était des raisons valables mais j’aurais quand même pu aller le voir.
Ou alors devais-je bien répondre ?

Je lui écrivis : « Cher jean, je vous demande pardon. C’est vrai. Vous avez demandé tous les jours des nouvelles de ma femme et moi, je ne suis même pas venu vous voir. C’est un tort que j’ai eu. Je ne suis pas fâché contre vous. Si vous avez besoin de mes services, je suis toujours prêt. »

Plus tard, je le voyais passer avec sa femme devant la boutique. Il était toujours fâché.

Ma femme décéda et je décida de le mettre au courant. Je l’arrêta un jour dans la rue : « Jean, j’ai quelque chose d’important à vous dire. Rose est décédée ». Ça lui a fichu un coup. Sa femme a commencé à pleurer.

Le lendemain matin, Jean m’appela : « Je n’ai pas dormi. » Il se mit à pleurer au téléphone. Je lui demanda ce qui n’allait pas. Il m’expliqua qu’il avait repensé aux mots très durs de sa lettre, et aussi au fait qu’à ces mots, j’avais répondu par une lettre d’amour.

Il me proposa alors de reprendre notre relation comme avant. Ce que j’accepta. Nous avons repris nos partages musicaux, chez lui.

Un mois plus tard, il retourna à l’hôpital ; et cette fois, je suis allé le voir (Rires).

Ce dimanche-là, on parla de choses et d’autres, on a marché un peu. En revenant à sa chambre, il s’est assis, me regarda et me dit : « Parlez-moi de Jésus ».

Je croyais qu’il allait me parler de musique ou de politique, de choses qui nous reliait. Je m’attendais à tout sauf à çà. Quoi dire à cet homme athée, qui n’aimait ni les arabes ni les juifs, ni la gauche ni la droite, ni les blancs ni les noirs, ni les commerçants que j’étais ? Athée, athée, athée…. hâtez-vous de venir au Seigneur ! (Rires)

La première chose que je lui ai dite, c’est : « Jésus, c’était l’homme le plus révolutionnaire que le monde ait connu ». Un révolutionnaire sans armes. Sa seule arme, c’était l’amour.

Je rajouta : « C’était aussi le plus grand bombardier qui ait existé. Parce que quand il lâchait ses bombes, c’était pas des bombes pour détruire les gens. C’était des bombes avec des petits parchemins ou un bout de papier qui disait à chacun Soyez amour ! Voilà ce que je vous ai donné dans mes commandements. Un grand bombardier, mais qui vous lâchait des mots d’amour. »

Quelqu’un m’a dit un jour que j’aurais pu lui dire aussi que c’était le plus grand pompier qui ait existé, parce qu’il peut éteindre les feux de la colère, les feux des péchés (Rires).

J’ai continué : « Jean, il est aussi écrit dans les Evangiles : Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi. ».

Jean me répondit : « Ha bon, il a dit ça ? ». J’acquiesça et je poursuivis en lui lisant quelques textes des Evangiles. On se quitta en fin de journée.

Le lendemain matin, le lundi à 7h30, juste avant que je ne quitta mon domicile pour aller travailler, je recevais un coup de fil de sa femme : « Robert, vous êtes l’un des premiers que j’avertis. L’hôpital m’a appelé cette nuit pour m’informer du décès de Jean. »

Je pense qu’il est mort avec les paroles de Jésus. Je crois qu’il a vu qu’il y avait autre chose que ce à quoi il croyait, au travers de ma lettre (de pardon et d’amour) et de mes réponses à l’hôpital.

« Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi. » (Jean 6:37)

Ces paroles ont dû résonner en lui. Il a dû y penser. Ce soir-là, il s’est peut-être rapproché de D.ieu pour lui demander pardon. Est-ce qu’il s’est remis en question ? Cet homme était si loin de D.ieu et des hommes.

S’il m’a demandé de lui parler de Jésus, c’est qu’à un moment donné, il s’est peut-être senti mourir quelques heures avant. Il s’est peut-être dit que c’était le moment d’avoir un petit face-à-face avec D.ieu, avant qu’il ne soit trop tard.

Le temps de la formation

Quelques temps plus tard, ma seconde femme Colette et moi sommes partis nous installer dans le Loiret, où nous avons fréquenté une église évangélique durant une dizaine d’années.

Puis, en 2001, nous sommes revenus sur Paris. Nous avions entendu parler d’une église, portée par un certain Paul Ghennassia, où la parole était bonne selon notre ancien pasteur.

Nous nous y sommes rendus et nous avons rencontré le rabbin Emmanuel Rodriguez, qui officiait à ce moment-là. L’un des membres de la communauté que je connaissais, s’est proposé de parler de mes talents de musicien au rabbin. Et très rapidement, je me suis mis à jouer pour l’assemblée.

Le rabbin Emmanuel m’a formé. Cette formation s’est faite en l’écoutant, en essayant de capter l’essence des messages. Ce que j’ai découvert, une profondeur dans ses messages que je n’avais pas trouvé dans les messages d’autres pasteurs évangéliques.

Certes, ces derniers étaient conformes à la Bible, mais leur démarche spirituelle n’était pas soutenue, étoffée par une recherche approfondie de la langue hébraïque.

Par exemple, un mot hébreu qui a une valeur numérique se rapporte à un autre nom qui apporte un complément d’information. Il y a aussi ces lettres en majuscules au milieu de certain mot hébreu. Il y a une raison à tout cela.

C’est dans l’hébreu que l’on peut trouver des clés de compréhension. C’est aussi dans la répétition des messages, que l’on peut espérer un jour trouver des réponses.

DIEU au quotidien

« D.ieu, c’est une richesse, un avoir. Même si nous ne mettons pas toujours en pratique ses conseils, car nous sommes et serons toujours pécheurs. Lorsqu’on avance sur le mauvais chemin, on se ressaisit, dans le meilleur des cas. D.ieu nous apporte cette richesse.

L’autre richesse en moi, qu’Il m’a donnée, c’est la musique. Je parle de Brahms, Beethoven, Schubert, etc. Lorsque j’écoute ces musiques-là chez moi, je les écoute pour les écouter. Je ne fais pas autre chose à côté. Je ne fais pas la cuisine avec un fond musical. Non, je m’assois et j’écoute. La musique restera un mystère pour celui qui ne l’étudie pas.

On peut mettre en parallèle la Parole de D.ieu : elle restera un mystère à celui qui ne l’étudie pas.

La priorité pour moi aujourd’hui, c’est la Parole de D.ieu. Quand on cherche de tout notre coeur, ce que l’on n’avait pas encore compris trouve alors plus tard un éclairage.

Je me souviens d’une femme qui a publié un ouvrage L’un n’empêche pas l’autre, il y a une vingtaine d’années. Au cours d’une émission à la télévision, elle expliquait : « je suis juive mais un jour, je suis allée chez les Hindous. J’ai compris l’hindouisme, j’ai été honorée par des titres là-bas, je suis montée en grade. Mais à un moment, j’ai senti qu’il y avait quelque chose qui m’échappait. »

Je dois dire que quand j’ai commencé à lire son livre, je n’ai rien compris.

Quelques années plus tard, la même émission repasse. Je reprends le livre et beaucoup de choses prennent un sens à mes yeux. Ma femme m’a dit : « C’est que tu as mûri. Tu as grandi. »

Quand j’avais 14 ans, ma professeur de violon me disait : « Robert, la vie est trop courte pour apprendre le violon, tellement c’est difficile ». Moi, je dis aujourd’hui : la vie est trop courte pour apprendre la Bible, de la Torah aux Evangiles.

On aura toujours à apprendre de cette Parole merveilleuse, pour la mettre en pratique, souvent en faisant d’énormes efforts pour lutter contre des sentiments mauvais comme l’envie, la jalousie, la colère.

C’est au moment où cela ne va pas, qu’il faut que ça aille. Quand tout va bien, c’est très facile. Mais c’est quand la chose arrive, qu’il faut essayer de se maîtriser.

 

Propos recueillis le 29 septembre 2018.