Comment étudier la Torah

« Vous êtes placés aujourd’hui, vous tous, en présence de Hachem votre D.ieu : vos chefs de tribus, vos préposés, chaque homme en Israël, vos nourrissons, vos femmes et le guerrier qui est dans tes camps, depuis le fendeur de bois jusqu’a puiser d’eau » (Dévarim/Deutéronome 29 : 9-11)

Comment entrer dans l’étude du texte de la Torah

L’étude juive commence toujours par analyser les particularités du texte en utilisant la perspicacité de notre intelligence.

Lisons attentivement le texte précédent en hébreu et en français, sur lequel porte ensuite le commentaire.

Question

Il faut préciser dans ce verset pourquoi Moché Rabbénou (Moïse notre Maïtre) a eu besoin de donner toutes ces précisions : les chefs de tribus, les anciens, etc.

Il eût suffi de dire : vous êtes placés aujourd’hui, vous tous devant D.ieu, tout membre d’Israël.

Réponse

C’est que Moché Rabbénou veut nous enseigner la grandeur de la téchouva (repentance) et la particularité de son action

Pourquoi  ? afin qu’il ne puisse pas entrer dans l’esprit ni dans le coeur d’aucun pécheur le plus grand soit-il, que la téchouva n’est pas efficace en son cas et que sa téchouva ne serait pas retenue comme valable, et qu’il ne s’efforce donc pas de faire téchouva.

Enseignement

Donc, Moché Rabbénou vient faire savoir (lé hodiâ,« ) que :

  • rien ne résiste à la téchouva (choum davar ôméd bifné ha téchouva) : même si on avait commis les plus grandes fautes et en permanence, la téchouva vient tout effacer.
  • c’est sur la téchouva que le monde est fondé (âl ha téchouva ôméd ha ôlam).
  • Haqqadoche Baroukh Hou n’a pas créé le monde jusqu’à ce qu’il n’eut d’abord créé la téchouva (lo bara éte ha ôlam âd ché hiqdim éte ha téchouva).

Suit alors une très longue démonstration montrant pourquoi cela se traduit par le fait que toute la Torah commence par la lettre béit dans le mot béréchit, « en un commencement de…« .

Cette démonstration utilise les méthodes du réméz qui se basent sur les multiples combinaisons des lettres.

En effet, la Torah doit être comprise simultanément par le sens du récit, par le sens des lettres, et par la valeur chiffrée de ces lettres.

Et ces trois sens sont chacun partiels : ne connaître que l’un des sens est très partiel, comme quelqu’un qui dans une couleur composée de trois ne percevrait que l’une des trois couleurs.

Pourtant, chacun des trois sens est vrai mais il doit être complété pour parvenir à sa justesse.

Résumons les fruits de l’analyse qui demanderait une longue formation et n’aurait pas de sens sur un site ouvert à tous sans capacité d’apprécier le niveau des lecteurs.

La lettre « béit » qui ouvre tout le texte de la Torah représente la « bina » ou Sagesse d’en-haut qui est la source du bien en ce monde, et y revenir -sens de la téchouva- c’est revenir à cette lettre « béit » de sagesse.

Elle est comme une mère donnant la vie vers qui ses enfants reviennent se nourrir. De là, les phrases dans tout le Tanakh parlant de la mère ou de Ra’hel (Rachel) qui reçoit ses enfants qui reviennent.

Ainsi, la lettre béit est le commencement -béréchit- de tout ce qui a été créé. Et elle est elle-même la téchouva.

C’est pour cela que nos Sages disent que là où se tient un baâl téchouva, celui qui fait téchouva, même les justes parfaits, les tsaddiqim, ne peuvent pas se tenir (ba maqom ché baâlé ha téchouva ômédim éine tsaddiqim guémourim yékholim laâmod).

Alors ceux qui font téchouva, les baâlé téchouva, sont nommés réchite ha kol, commencement de tout et au-dessus de tout.

Faire téchouva, c’est reconnaître D.ieu comme la source de tout, de toute vie, de toute puissance, de toute loi d’existence, et se conformer totalement en conséquence à ce qu’Il a révélé et demandé à Son peuple dans la parole de Sa Torah.

C’est le faire concrètement, et non pas en simple adhésion du coeur ou de l’esprit, mais dans la vérité de la cohérence de la pensée, des sentiments et de l’action.

Voilà pourquoi celui qui « fait téchouva », revient à la puissance de la source créatrice qui trouve en lui un réceptacle.

Ce n’est pas quelqu’un qui est remarquable par ses propres qualités, c’est quelqu’un qui se laisse emplir par LA  qualité qui crée le monde à chaque seconde. Voilà pourquoi il est dit que « celui qui fait téchouva crée le monde ».

Il est participant du mouvement de don de D.ieu qui crée le monde, et la lettre béit du début de la Torah l’exprime qui est à la fois cette sagesse créatrice et cette téchouva.

Il faudrait ajouter que cette lettre est la seconde de l’alphabet et a la valeur du chiffre « 2 » ; elle est donc un couplage et ce mouvement de téchouva n’a sa plénitude que dans le couple, ce qui est exprimé par la première phrase de la Torah qui parle du couple des cieux et de la terre comme symbole de cela, entre autres.

C’est pour cela que la lettre beit est aussi la lettre du mot bérakha (la bénédiction), car elle crée constamment le monde.
Celui qui fait téchouva, donc, est la tête de tout (baâl téchouva hou roche ha kol).

Après cette base claire, revenons à l’étude du texte de Rabbénou Yaâqov Abou’hatséra :

La force supplémentaire à notre disposition

Ce retour primordial à la Création est remis dans nos mains comme quelque chose qui modifie tout.

C’est le motif pour lequel la lettre youd est rajoutée, sans justification grammaticale :

  • dans le verset méqimi mé âfar dal (« il redresse l’humble couché dans la poussière », Psaume 113, 7),
  • dans le verset lé hochivi îm nédivim (« pour le placer à côté des grands de son peuple », Psaume 113, 8),
  • dans le verset mochivi âqéréte ha bait, ém ha banim sémé’ha « (il fait trôner dans la maison la femme stérile, devenue une mère heureuse de fils », Psaume 113, 9).

Cette gratuité étonnante est rendue par la gratuité de la lettre youd qui est en surplus et c’est aussi la première lettre de la descente du Nom du tétragramme, comme la source du flux des bénédictions.

Cela dit, la grandeur, la force et l’amélioration surnaturelle que fait la téchouva ou que fait celui qui revient à sa source).

Comme pour les malades, la téchouva produit une re-création de la vie en dépit de notre faiblesse.

La condition

Il est clair qu’il s’agit en tout cela d’une vraie téchouva sincère et nette, complète.

Le passage se fait alors de l’état de dal (pauvre) à l’état de créatif et de participant à LA Sagesse d’En-Haut qui est la véritable terre de vie (éréts ha ‘hayim) et la source de la vie (méqor ‘hayim).

C’est la terre d’Israël qui est l’image ici-bas de cette terre créatrice d’En-haut.

Ceux qui n’ignorent pas l’enseignement de notre tradition juive comprennent alors quel est le vide intellectuel et l’irresponsabilité de ceux qui sont prêts à donner cette terre de la bénédiction et veulent y supprimer la présence juive, en cherchant avec l’adversaire toutes les formules possibles pour s’en débarrasser.

C’est comme s’ils voulaient supprimer le coeur de quelqu’un ou son cerneau pour le donner. Il est aberrant que ce soient les plus ignorants qui osent ainsi gérer les affaires de cette importance.

Heureusement, le peuple a une sagesse profonde et sûre, enracinée dans la tradition profonde -même chez ceux qui ne pratiquent guère tous les rites- et ce peuple ne se laissera jamais manipuler.

Le Rav dit que Moché (Moïse) informe tout Israël, justement pour que les ignorants et les grands pécheurs reviennent de leurs erreurs en toute confiance; c’est le sens des mots du début de la paracha atem nitsavim (vous, soyez fermes sur cette position).

Le Juif qui réalise cela, branche sur ce monde-ci toute la force créatrice du monde d’en-haut.

Voilà pourquoi, même si nous sommes actuellement dans une période de destructeurs acharnés de notre tradition, le retour véritable à la Torah dans le peuple rendra vaine cette tentative de destruction, car la source de la vie passera et cela a été mis entre nos mains.

Aucun sot, aucun ignorant, aucun petit chef politique n’est plus fort que la source de vie révélée à nos Pères.

Le Rav dit que cette téchouva a valeur de qiyoum, « existence ».

Le Juif est ferme et stable, yatsiv, nom de la paracha.