Ezéchiel, la voix de l’espoir

Précédemment : Jérémie, le gardien de la foi

Les paroles visionnaires de Jérémie et des autres prophètes de cette époque (Sophonie, Habaquq, Nahum), et le plus grand de ses contemporains, Ezéchiel, s’inscrirent sur un arrière-plan politique et militaire dramatique.

Aucun d’entre eux ne fut un personnage politique, si l’on entend par là, être principalement préoccupé par le souci de modifier la politique du gouvernement.

Jérémie bien sûr, s’y essaya, comme nous l’avons vu ; mais s’il n’avait fait que cela, il ne serait aujourd’hui qu’un nom ayant joué un rôle de figurant sur quelque scène éloignée de l’histoire.

Mais pour lui, comme pour les autres prophètes de son temps, l’action politique n’était qu’une des facettes de leurs préoccupations majeures : le destin de la nature, la formation des esprits, pour fournir à leur peuple les moyens d’être toujours à même de surmonter ses difficultés à l’avenir. Et, en cela, ils réussirent.

Ces hommes inspirés, observant l’évolution de la situation dans la région avec plus de discernement et de lucidité que les politiciens professionnels, voyaient le petit Etat juif pris en étau entre deux empires rivaux.

Le danger aurait pu être tenu en respect par une politique étrangère subtile et avisée, jointe à une politique intérieure empreinte de fermeté, qui aurait extirpé la corruption, l’indifférence, la nostalgie des séductions païennes, restauré les idéaux religieux de justice et de piété, et aide le peuple à faire face à ses obligations morales.

Mais ni le roi, ni le clergé officiel ne semblaient capables, ni même désireux, de poursuivre une politique aussi impopulaire. Le résultat, de l’avis des prophètes, ne pouvait être que la perte de l’Etat, la mort et l’exil. Cela, bien sûr, signifiait la ruine, pour cette génération. Mais cela signifiait-il la ruine de la nation ?

La réponses des prophètes était un non passionné, et ils s’efforcèrent dans toutes leurs harangues, non seulement de conseiller le peuple sur la façon d’agir dans l’immédiat, mais aussi de montrer à quiconque viendrait à survivre à l’imminente tragédie comment surmonter ses redoutables implications.

Ce faisant, ils indiquaient le chemin à suivre pour servir la foi et l’identité juives, dans n’importe quelles conditions, même en exil, et pour pouvoir un jour restaurer l’indépendance juive sur son propre sol.

Les exilés à Babylone

Aux yeux des survivants, en exil à Babylone, les tragiques événements de Jérusalem impliquaient, à la base, que D.ieu les avaient abandonnés.

C’était là la pensée qui n’avait cessé de les obséder, tandis qu’ils cheminaient sous escorte au long de la brûlante et interminable route qui les menait prisonniers vers leur nouvelle et peu familière destination. Ils étaient accablés jusqu’au tréfonds de leur âme.

Les épreuves physiques, ils pouvaient supporter et accepter. Leur société avait failli à ses devoirs moraux et religieux, et la châtiment était légitime.

Mais l’anéantissement ? Ils ne s’étaient pas plus mal conduits que les précédentes générations de Juifs, depuis l’installation en Terre Promise, plus de six siècles ; auparavant, cependant, jamais les autres Juifs n’avaient été balayés de leur sol. Au moment critique, le Seigneur s’était toujours rappelé Sa Promesse.

Certes, le royaume d’Israël avait été rayé de leur carte, 140 ans plus tôt ; mais on pouvait arguer qu’il n’aurait jamais dû se séparer de l’Etat juif tel que David l’avait instauré. De toutes manières, Juda avait tenu bon à cette époque.

Jérusalem était restée inviolée, protégée par le Seigneur, et chacun avait cru fermement qu’il en aurait toujours été ainsi. Et voici qu’aujourd’hui Jérusalem était en ruines, et eux en exil.

Cela pouvait-il vouloir dire que D.ieu se désintéressait désormais du peuple juif ? Que leur Alliance ne tenait plus ?

Torturée par un tel doute, la nation aurait pu sombrer. N’ayant plus foi dans le Seigneur, qui avait cessé d’écouter, les exilés auraient pu se tourner vers la religion locale, et s’adapter aux coutumes, pratiques et modes de pensée des Babyloniens.

Au bout de deux ou trois générations, ils auraient pu être assimilés à la société prédominante, comme ce fut le cas de tous ces autres peuples conquis et exilés qui ne sont plus aujourd’hui que des noms dans les livres d’histoire. Ils se seraient fondus dans le paysage humain. Ils n’auraient plus été des Juifs. S’ils parvinrent à sauvegarder leur identité, ce fut grâce aux paroles des Prophètes.

Les exilés, après tout, formaient un groupe hautement évolué. Comme l’indique la Bible, les déportés de Babylone étaient des prêtres, des techniciens, des notables, des intellectuels. Des hommes habitués à penser, et, tandis qu’ils se débattaient avec ce sombre problème du destin, ressassant en eux-mêmes les paroles à présent chéries de leurs voyants, ils commencèrent à entrevoir les lueurs de vérité.

Les Prophètes s’étaient attaqués précisément à ce problème, et cela était particulièrement évident chez Jérémie, chez Ezéchiel, chez Habaquq. Et ils avaient conclu que si une catastrophe survenait, elle serait le produit de la justice divine, non de l’indifférence divine, et qu’un changement de comportement au sein de la société hébraïque apporterait un changement du destin.

Les Prophètes avaient désespérément tenté d’extirper l’illusion et l’espoir chimérique du peuple, afin de semer la graine de l’espoir authentique. En pressant le peuple de se repentir de ses iniquités, ils avaient insisté sur le fait que, s’il ne tenait pas compte de leurs avertissements, le châtiment irait jusqu’à la perte de Jérusalem et de leur sol.

Mais cela ne voulait pas dire que D.ieu les avait abandonnés.

S’ils continuaient à garder leur foi, et menaient une vie juste et morale, la nation serait préservée et retrouverait son sol.

Ainsi jaillirent en pleine lumière ces mots issus du coeur déchiré de Jérémie, et ils eurent un profond impact sur leurs exilés, surtout parce qu’ils avaient été prononcés par l’homme qui ne s’était pas laissé aller à dispenser de trompeurs encouragements, mais avait, avec réalisme, prophétisé la destruction :

« Toi donc, ne crains pas, mon serviteur Jacob, ne sois pas terrifié, Israël. Car Me voici pour te délivrer des terres lointaines et tes descendants du pays de leur captivité. Je vais en finir avec toutes les nations où Je t’ai dispersé, avec toi Je ne veux pas en finir. Voici que Je vais rétablir les tentes de Jacob, Je prendrai en pitié ses habitations, la ville sera rebâtie sur ses ruines, la maison forte restaurée en son lieu » (Jérémie 30:10,11,18)

La nation a souffert un lourd châtiment mais, dit Jérémie :

« Ainsi parle Yahvé, d’un amour éternel Je t’ai aimée, aussi t’ai-je conservé ma faveur. De nouveau, Je te bâtirai, et tu seras rebâtie, vierge d’Israël. Celui qui dispersa Israël le rassemble, il le garde comme un pasteur son troupeau. Car Yahvé a racheté Jacob, Il l’a délivré de la main d’un plus fort. Ils viendront en criant de joie sur la hauteur de Sion, ils afflueront vers les bénédictions de Yahvé, vers le blé, le vin nouveau et l’huile, leur âme sera pareille à un jardin bien arrosé, ils ne languiront plus. Alors la vierge prendra joie à la danse, jeunes et vieux seront heureux, Je changerai leur deuil en allégresse, Je les consolerai, Je les réjouirai après leurs peines. Ils vont revenir du pays ennemi. Il est un espoir pour ta descendance, ils vont revenir, tes fils, sur leur terre » (Jérémie 31:3-4, 10-13, 16-17)

Habaquq offrait un même message d’espoir. Les exilés de Babylone pouvaient s’identifier à lui, car il s’était posé autant de questions qu’eux. Il voyait le mal tout autour de lui :

« Rapine et violence, dispute et discorde, ainsi la loi se meurt » (Habaquq 1:3-4)

En un dialogue visionnaire avec D.ieu, il s’étonnait de ce qui semblait être l’indifférence du Seigneur. Puis, juste après que les Babyloniens eurent infligé aux Egyptiens un revers décisif à Carkémis (605), qui faisait apparaître Nabuchodonosor, comme le nouveau maître du Proche-Orient, il pressentit l’invasion de Juda.

Il savait que Babylone serait utilisée comme instrument pour châtier, mais il était tout de même troublé que D.ieu gardât le silence « quand l’impie engloutit un plus juste que lui » (Habaquq 1:12-13).

D.ieu dit au prophète :

« Ecris la vision, grave-la sur les tablettes pour qu’on la lise facilement ».

La réponse viendrait en son temps :

« Car c’est une vision qui n’est que pour son temps. Si elle tarde, attends-la ». Mais « elle viendra sûrement », et alors « voici qu’il succombe, celui dont l’âme n’est pas droite, mais le juste vivra par sa fidélité » (Habaquq 2: 2-4)

C’est parce que les exilés pouvaient comprendre son trouble qu’ils trouvaient réconfort au sein de leur affliction dans l’affirmation finale d’Habaquq :

« Car le figuier ne bourgeonnera plus, plus rien à récolter dans les vignes. le produit de l’olivier décevra, les champs ne donneront plus à manger, les brebis disparaîtront du bercail, plus de boeufs dans les étables. Mais moi, je me réjouirai en Yahvé, j’exulterai en D.ieu mon Sauveur. Yahvé mon Seigneur est ma force. Il rend mes pieds pareils à ceux des biches, sur le scies Il porte mes pas » (Habaquq 3:17-19)

La promesse d’Ezéchiel

Les exilés, victimes de la force impériale et témoins à chaque instant, et à divers échelons, des manifestations d’un pouvoir arrogant, auraient pu se laisser aller au découragement. Se pouvait-il réellement qu’une telle puissance dût être un jour abattue ?

Les prédictions des prophètes sur la chute des empires pouvaient leur apporter un réconfort et un authentique espoir : car après tout, ces mêmes prophètes avaient prévu la chute de Juda, ils avaient eu le courage de l’annoncer à voix haute, et ils n’étaient certes pas de ceux qui font des promesses en l’air.

Par conséquent, leur peuple, à présent qu’il était en exil, pouvait puiser courage dans leurs plus optimistes prédictions. Ils se rappelaient maintenant que Sophonie avait dit que les terres de l’ennemi deviendraient un domaine de chardons, un monceau de sel, une solitude à jamais (Sophonie 2:9).

Le sombre Jérémie lui-même avait formellement prédit la chute de Babylone :

« Je ferai payer à Babylone et à tous les habitants de la Chaldée tout le mal qu’ils ont fait à Sion, oracle de Yahvé. Babylone deviendra un tas de pierres, un repaire de chacals, stupéfaction et sifflement, et pas un habitant » (Jérémie 51:24 et 37)

Ezéchiel avait vu lui aussi la destruction de tous ceux qui avaient porté atteinte à Israël, et il accordait ses métaphores à la principale caractéristique de chaque ennemi :

  • l’Egypte, « grand crocodile étendu au milieu de tes Nils, Dieu va mettre des crocs à tes mâchoires » (Ezéchiel 29:3-4)
  • Tyr, la mercantile, avec ses vastes flottes, « Tes richesses, tes marchandises, et ton fret, ton équipage et tes marins, tes radoubeurs (1), les courriers de ton commerce, et tous les hommes de guerre que tu portes, et toute la multitude qui est à ton bord, vont couler au coeur des mers au jour de ton naufrage » (Ezéchiel 27:27)

Le prophète Nahum se limitait exclusivement à ce thème. Il s’adressait à Ninive, capitale du grand empire assyrien, « la ville sanguinaire, tout en mensonges, pleine de rapines » (Nahum 3:1). Il prédisait (ou décrivait) son déclin (en 612).

Sa puissante et vivante description conserva aux yeux des Juifs en exil, un irrésistible attrait car elle symbolisait ce qui pouvait, ce qui allait arriver à tous ceux qui opprimaient Israël. Une armée vengeresse s’abattait sur Ninive :

« Les boucliers de ses preux rougeoient, ses braves sont vêtus d’écarlate, les chars flamboient de tous leurs aciers à l’heure de leur mise en bataille. Les cavaliers s’agitent, les chars font rage dans les rues, ils foncent à travers les places, on dirait des flammes à les voir, ils courent çà et là comme la foudre. Ecoutez le claquement du fouet ! Ecoutez le fracas des roues ! Chevaux au galop, chars qui bondissent, cavaliers à la charge, flammes des épées, éclairs des lances, des blessés en foule, une masse d morts, des cadavres à perte de vue » (Nahum 2:3-4 et 3:2-3)

« Arrêtez-vous, arrêtez ! » criait le peuple de la capitale, mais « Ninive est comme un bassin dont les eaux s’échappent » (Nahum 2:9).

Les mots de Nahum faisaient revivre les scènes mêmes dont les malheureux exilés avaient été les témoins, et les victimes. Il était réconfortant de se dire que l’astre des puissants Assyriens pouvait de la même manière, plonger dans les ténèbres l’empire de Babylone (ce qui se produisit peu de temps après).

Incidemment, parmi les manuscrits de la mer Morte, découverts dans la grotte de Qumran, se trouvaient des fragments de deux commentaires, l’un sur le livre d’Habaquq, l’autre sur le livre de Nahum. Tous deux avaient été rédigés au 1er siècle avant Yeshoua/Jésus-Christ, et le thème de la chute de l’empire trouvait, là encore, à s’appliquer à un contexte contemporain.

Tout cela était rassurant pour les exilés, parce que cela prouvait que leur espoir de liberté n’était pas qu’une chimère. Quant à la vraisemblance de sa réalisation, la promesse contenue dans les paroles d’Ezéchiel était aussi encourageante que les mots d’espoir de Jérémie, car il s’était montré tout aussi impitoyable dans ses prédictions de châtiment.

Etant jeune homme à Jérusalem, Ezéchiel peut très bien avoir entendu quelques-unes des tirades de Jérémie.

De plus, ayant été l’un des premiers à goûter à l’amère expérience de l’exil, en tant que prêtre du Temple, il avait été déporté en même temps que le roi Joiakîn dès 597, il était plus près des derniers arrivés en exil.

Un étrange personnage

Ezéchiel était mystique et extatique, porté aux symboles bizarres et aux mimes étranges.

Les exilés pouvaient se rappeler le jour où, avant la chute de Jérusalem, voulant donner à son avertissement plus de relief dramatique, il avait joué le siège de la ville. Il avait gravé sur une tablette d’argile un schéma de Jérusalem, faisant figurer tout autour les ouvrages de siège.

Il s’installa à côté, et chaque jour, il mangeait une minuscule ration de nourriture, et buvait parcimonieusement quelques gorgées d’eau, pour indiquer quelles seraient alors les conditions de vie.

Enfin, il coupa ses cheveux et sa barbe, en jeta un tiers au milieu de son dessin, et y mit le feu, pour symboliser le nombre de ceux qui seraient massacrés à l’intérieur de la ville. Avec une épée, il en répandit un autre tiers à l’extérieur du schéma, représentant ainsi ceux qui seraient tués hors les murs. Puis il éparpilla le dernier tiers pour figurer la masse des déportés (Ezéchiel 4:5).

Un autre jour, il mima le départ pour l’exil en faisant un trou dans le mur de sa maison, et en émergeant de là, portant un bagage d’exilé (Ezéchiel 12:3).

Cette bouffonne, mais presciente représentation de la tragédie, prêta plus de force à ses paroles d’espoir, lorsqu’il se sentit impérieusement poussé à les exprimer.

On croit que cela se produisit alors qu’il était déjà en exil, et que la seconde vague de déportés venaient de le rejoindre. Ils trouvèrent un grand encouragement dans des paroles telles que :

« Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Vous, montagnes d’Israël, vous allez faire croître vos rameaux et porter vos fruits pour mon peuple d’Israël, car il est près de revenir. Vous allez être cultivés et ensemencés. Je vais multiplier sur vous les hommes, la maison d’Israël toute entière. Les villes seront habitées et les ruines rebâties. Je multiplierai sur vous les hommes et les bêtes, ils seront nombreux et féconds » (Ezéchiel 36:7-11)

Ils furent profondément émus, comme devaient l’être leurs descendants tout au long des siècles d’exil, par la célèbre vision des ossements desséchés et la promesse du Retour.

Déposé par la Main de Yahvé au milieu de la vallée, et amené par l’Esprit de Yahvé à prophétiser sur ces ossements : « Tu leur diras : voici que Je vais faire entrer en vous l’Esprit et vous vivrez« , Ezéchiel prophétisa comme il en avait reçu l’ordre :

« Et tandis qu’il prophétisait, il se fit un bruit, il y eut un frémissement et les os se rapprochèrent l’un de l’autre. Je regardais : ils étaient recouverts de nerfs, la chair poussait. Et l’Esprit vint en eux, et ils reprirent vie, et se mirent debout sur leurs pieds. Grande, immense armée. Alors Il me dit : Fils d’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Les voilà qui disent : nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c’en est fait de nous. C’est pourquoi, prophétise. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Mon peuple, Je vous reconduirai sur le sol d’Israël. Et je mettrai Mon Esprit en vous, et vous vivrez et Je vous installerai sur votre sol » (Ezéchiel 37:1-14)

Si je t’oublie, Jérusalem

Armés de leurs Saintes Ecritures, et ranimés par les puissantes paroles des Prophètes, les Israélites en exil à Babylone purent composer avec leur destin, en se cramponnant à leur foi et à leurs espoirs.

Le Seigneur était avec eux, même en exil.

Aussi se gardèrent-ils des pratiques du peuple qui les entourait, et suivirent-ils leurs propres et uniques coutumes, observant le shabbat et le rite de la circoncision. Ils conservèrent leur propre culte.

Loin de leur Temple, ils édifièrent des maisons de prières (synagogues) et substituèrent la prière au sacrifice. Ils se plongèrent dans les Livres sacrés de Moïse et dans les paroles des premiers prophètes, se nourrissent des merveilles et des tragédies de leur dramatique histoire, et cherchant un encouragement en chaque mot.

Ils portaient au fond de leur coeur le vivant souvenir de Jérusalem et de Juda, et faisaient voeu de ne jamais oublier :

Au bord des fleuves de Babylone,
nous étions assis et pleurions, nous souvenant de Sion
Aux saules qui s’y trouvent, nous avions suspendu nos lyres.

Et c’est là qu’ils nous demandèrent des cantiques,
nos geôliers, nos ravisseurs de la joie.
Chantez-nous un cantique de Sion, disaient-ils.

Comment chanterions-nous un cantique de Yahvé
sur une terre étrangère ?
Si je t’oublie, Jérusalem,
que ma main droite se dessèche !
Que ma langue s’attache à mon palais, si je perds ton souvenir,
si je ne mets Jérusalem au plus haut de ma joie !

(Psaume 137)

Les exilés de Babylone se souvinrent de Jérusalem. Et ce fut ainsi qu’ils préservèrent leur identité nationale et religieuse.

Un certain type de discours prophétiques alimenta particulièrement leur mémoire, en offrant une forme presque tangible à leur foi en la restauration de Jérusalem et de Juda.

Il s’agissait d’une sorte de séries négatifs, dans lesquels le prophète Ezéchiel posait l’organisation du futur Etat d’Israël (Ezéchiel 40 à 48).

Un partie du système civil et religieux qu’il préconisait pour ce nouvel Etat régénéré, comme son régime administratif et le mode de répartition des tribus, était idéaliste et utopique.

Mais à la base de la vision d’Ezéchiel figure la restauration de Jérusalem en tant que centre de la nation, avec un Temple reconstruit, et un ensemble de règlements fixant la pratique du culte.

Sa description, du Temple en particulier, était aussi minutieusement détaillée qu’un dessin d’architecte, complète, avec toutes les mesures en long, en large et en travers de chaque pièce, porte, fenêtre, mur et porche.

Ezéchiel, comme nous l’avons, vu, avait été prêtre du Temple dans sa jeunesse, et il est évident qu’il faisait appel aux ressources d’une mémoire photographique. Ses mots donnaient une forme précise au rêve des exilés et de leurs enfants nés en exil, et plus de force à leur volonté de le réaliser.

Ce fut la description des portes du Temple par Ezéchiel, qui permit de nos jours à des archéologues, notamment Yigael Yadin, d’être sûrs que les trois portes de ville qu’ils avaient découvertes, étaient bien celles des trois villes construites par le roi Salomon, Haçor, Megiddo et Gézèr (1 Rois 9:15).

Des fouilles sur les trois sites avaient mis au jour des portes identiques, au 10e siècle. Chacune était flanquée d’une tour de chaque côté de l’entrée, et le poste de garde était formé de six pièces, trois de chaque côté. Cela correspond parfaitement à la minutieuse et éloquente description du mur est du Temple, dans la vision d’Ezéchiel :

« Il vint vers le porche qui fait face à l’orient, il en gravit les marches et mesura le seuil du porche : une canne de profondeur. Il mesura le vestibule du porche, huit coudées. Les loges du porche oriental étaient au nombre de trois de chaque côté, toutes trois de mêmes dimensions. » (Ezéchiel 40:6-10)

Etant donné que le prophète était un familier du Temple, il est évident qu’il décrivait un porche qu’il avait vu de ses yeux, et dont il pouvait récapituler les mesures. Ce porche oriental du Temple avait sans nul doute été dessiné par le même architecte solomonique (2) que celui qui avait été chargé de la construction des porches d’Haçor, Megiddo et Gézèr.

La restauration

Tout en rêvant et en se consumant d’espoir, les exilés de Babylone n’en suivaient pas moins le cours des événements dans la région avec le plus vif intérêt, toujours à l’affût, dans l’un ou l’autre des empires rivaux, de quelque indice d’un revirement du sort, susceptible de donner le signal de leur libération.

Un changement se profilait à l’horizon avec la brusque ascension de Cyrus qui, plus tôt que quiconque, à l’exception des prophètes, aurait pu l’imaginer, allait vaincre les Babyloniens, et fonder un nouvel Empire perse.

Ceux des savants qui considèrent les 26 derniers chapitres du livre d’Isaïe, comme ayant été écrits par le second Isaïe, placent son ministère à Babylone durant cette période de bouleversement imminent.

Les traditionalistes qui s’en tiennent à un seul Isaïe du 8e-7e siècle, et voient dans ses derniers livres une projection du futur, regardent également sa prophétie comme s’appliquant à cette époque babylonienne.

Mais, de quelque Isaïe qu’il s’agisse, les deux écoles s’accordent à reconnaître que ses paroles dans ces derniers chapitres exercèrent une puissante influence sur les exilés, en galvanisant leur moral et en soutenant leur espoir.

Le prophète fit plus encore pour les futures générations de Juifs, et pour la civilisation en général, car, bien que sa préoccupation essentielle eût été le destin du peuple juif, la profondeur de sa pensée et la sublime beauté de son langage exercèrent un attrait universel et éternel.

D.ieu était et est Tout-Puissant, créateur et maître de toutes choses, passées et à venir.

Son objectif était de voir la justice parmi les hommes, et dans la réalisation de cet idéal, un rôle particulier était dévolu aux descendants d’Abraham. Le peuple d’Israël devait être « la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour faire sortir de prison les captifs » (Isaïe 42:6-7).

A l’adresse de ceux qui, à cette époque de grands empires, pensaient que leurs divinités étaient peut-être à la source de leur puissance, le prophète revint aux commandements mosaïques pour les approfondir, rejetant avec mépris la seule idée que le cours des événements pût être déterminé par des blocs de bois ou de pierre, et présentant le monothéisme sous sa forme la plus claire :

« Qui a mesuré dans sa main l’eau de la mer, et évalué les dimensions des cieux, jaugé toute la terre au boisseau, pesé les montagnes au poids et les collines à la balance ? Voici, les nations sont comme une goutte au bord d’un seau ! Elles valent un grain de poussière dans la balance. Voici, des îles pèsent comme une poudre fine. Qui aurait pu avertir l’Esprit de Yahvé, et quel conseiller aurait pu l’instruire ? De qui aurait-il pris conseil pour juger, pour apprendre le chemin de la justice et s’instruire des moyens les plus habiles ? » (Isaïe 40:12-15)

De ces objets inanimés faits de main d’homme ?

Le prophète parlait au milieu d’un univers païen, cependant en une parabole familière, marquée d’une cinglante ironie, il formula contre l’idolâtrie une condamnation sans appel, en un texte considéré de nos jours encore comme un classique :

« D’après qui pourriez-vous imaginer Dieu ? Et quelle image pourriez-vous en offrir ? Les idoles, ce sont des ouvriers qui les fabriquent, ils sont tous sculpteurs d’idoles, ils ne sont rien, leurs oeuvres préférées sont inutiles. Qui sculpte un dieu et fond une statue sans en attendre un avantage ? Le forgeron travaille sur des braises et façonne son oeuvre au marteau. Il la travaille d’un bars vigoureux. Il est affamé et exténué, il ne boit pas d’eau et il s’épuise. Le sculpteur sur bois dessine l’image à la craie. Il la fait conforme au visage d’un homme. Il avait planté un cèdre que la pluie avait fait pousser. Pour les gens, c’est tout juste bon à brûler. On en prend pour se chauffer. On en allume aussi pour cuire son pain. Mais lui, il en fabrique un dieu devant lequel il se prosterne. Il en brûle une moitié au feu. Il rôtit de la viande sur des braises, mange le rôti et se rassasie. Il se chauffe aussi et dit : Ah je me réchauffe et je regarde la flamme. Avec ce qui reste, il fait son dieu, son idole devant laquelle il s’incline et se prosterne, et qu’il prie en disant : délivre-moi car tu es mon dieu » (Isaïe 40:18-19 et 44:9-17)

Ce fut grâce à ce genre de discours prophétiques que les Juifs de Babylone demeurèrent fidèles à la façon de vivre hébraïque, rejetant avec mépris les façons païennes de leur hôte, croyant plus que jamais que l’exil n’était que temporaire, et s’accrochant à la conviction qu’ils retourneraient dans leur mère-patrie.

Ils virent leurs voeux exaucés sans trop attendre. Moins de cinquante ans après qu’il eut conquis Juda et établi sa domination sur l’ensemble de la région, le grand Empire babylonien s’écroula, renversé par Cyrus. Avant le début de l’année 538, les territoires de Babylone étaient passés sous contrôle perse.

Cyrus fut l’une des figures exceptionnelles de son époque, sage, éclairé et tolérant. Là où d’autres avaient brutalisé leurs sujets et essayé de leur imposer par la terreur les coutumes de l’occupant, Cyrus permit à ses nouveaux sujets, des plus diverses origines, de conserver leur autonomie culturelle et religieuse. Il confia souvent à l’un des leaders d’un pays le soin de l’administrer.

Durant la première année de son règne, Cyrus promulgua un décret qui allait marquer un tournant capital de l’histoire juive : il se déclarait en faveur de la restauration de la communauté juive sur son propre sol.

Elle pourrait rebâtir son Temple à Jérusalem et le trésor perse contribuerait aux dépenses. Les vases sacrés confisqués par Nabuchodonosor seraient restitués. les Juifs qui resteraient à Babylone étaient encouragés à aider ceux qui repartiraient et à apporter un soutien financier à la reconstruction de leur sanctuaire central.

A la tête de ce mouvement du retour à Sion, avait été placé Sheshbaççar, le prince de Juda. Ce fut lui que l’on nomma gouverneur de Juda. Sheshbaççar s’appliqua aussitôt à la tâche de construire le nouveau Temple sur l’emplacement de l’ancien.

Quelle part de travaux lui doit-on, et quelle part en revient à son successeur, on ne sait pas, car la relation biblique télescope les comptes de Sheshbaççar et ceux de son neveu Zorobabel qui lui succéda au poste de gouverneur, mettant la plupart des travaux au crédit de ce dernier.

Il est évident cependant, que les travaux progressaient très lentement dans la cité en ruines. La tâche de reconstruction était gigantesque. La maigre population de Juifs de retour d’exil, était persécutée par le manque de ressources (les premières années furent marquées par une succession de mauvaises récoltes), par les incursions d’ennemis voisins, et par l’obstruction politique de fonctionnaires perses dans le territoire attenant de Samarie.

A la mort de Cyrus, tué au cours d’une de ses campagnes en 530, on n’avait guère construit plus que les fondations du second Temple. Et les travaux n’étaient pas beaucoup plus avancés lorsqu’en 522, son fils et successeur Cambyse se suicida.

Il fallut attendre l’accession au trône du troisième monarque perse, le formidable Darius 1er, pour voir les travaux reprendre sérieusement. Enfin, sept ans plus tard, en 515, le Temple était achevé.

Les Israélites, les prêtres, les lévites et le reste des exilés firent avec joie la dédicace de ce Temple de D.ieu (Esdras 6:16).

Darius avait introduit plus d’ordre et de stabilité dans la région, il avait renouvelé la promesse de Cyrus à Juda, et encouragé le plan de restauration de Jérusalem.

Le Temple réédifié : le foyer même de la foi du peuple

Mais d’éminents esprits s’appliquaient de leur côté à exhorter les Juifs de retour d’exil, à mettre tout leur zèle à vivre selon les Commandements de D.ieu, et à faire revivre leur sanctuaire central.

Parmi eux se trouvaient Aggée et Zacharie (lesquels, avec Malachie qui appartient à la génération suivante, sont traditionnellement considérés comme ayant été les derniers des prophètes).

Ils avaient partagé les épreuves de leurs compagnons. Ils avaient été les premiers à quitter Babylone pour revenir défricher le sol de Juda. Mais ils ne s’étaient pas laissés abattre par les désastres des premières années, ni impressionner par l’immensité de la tâche de la restauration. Pour mobiliser le peuple, ils eurent recours comme leurs prédécesseurs, à des mots de réprimande, à des mots d’exhortation et à des mots d’espoir.

Agée était consterné par la léthargie qui semblait s’être emparée de son peuple.

Ces Juifs, qui avaient quitté Babylone animés de tels idéaux, semblaient aujourd’hui beaucoup plus soucieux de la construction de leur propre logis que de celle de la Maison de Dieu, d’accroître leurs possessions matérielles plutôt que la prospérité de la nation. Rien d’étonnant à ce qu’ils eussent connu difficultés et déboires : était-ce « le moment de rester dans vos maisons confortables, quand cette Maison-là est dévastée ? » (Aggée 1:8-9).

Les visions de Zacharie étaient plus mystiques et symboliques, mais lui aussi comme Aggée, faisait du Temple réédifié le foyer même de la foi du peuple et le centre vital d’une communauté nationale revivifiée. Il se préoccupait aussi de justice sociale et prêchait la générosité dans les relations humaines :

« Rendez une justice vraie, pratiquez bonté et compassion chacun envers son frère. N’opprimez point la veuve et l’orphelin, l’étranger et le pauvre, et ne méditez pas en votre coeur du mal l’un de l’autre » (Zacharie 7:10).

Au milieu des troubles politiques qui agitèrent l’Empire perse, entre la mort de Cyrus et l’accession au trône de Darius, l’espoir s’empara également des deux prophètes, que Juda pût un jour être complètement libérée.

Ils exprimèrent leur espérance messianique en un royaume juif restauré et purifié.

Le Seigneur, prophétisait Aggée, allait ébranler les cieux et la terre, et renverser les trônes des royaumes (Aggée 2:21-22). Une fois les empires détruits, et Juda délivré du joug, le Seigneur dira :

« JE REVIENS À SION, JE VEUX HABITER AU MILIEU DE JÉRUSALEM, QUI SERA APPELÉE VILLE-DE-FIDÉLITÉ, ET LA MONTAGNE DE YAHVÉ TZEVAOT, MONTAGNE-SAINTE » (Zacharie 8:9)

Zacharie décrit alors le ton et l’atmosphère de la ville restaurée et paisible, délivrée des guerres et des bannissements, où les gens vivent en paix jusqu’à un âge avancé, et accueilleraient leurs frères de retour d’exil.

« Des vieux et des vieilles s’assiéront encore sur les places de Jérusalem, chacun aura son bâton à la main. Et les places de la ville seront remplies de petits garçons et de petites filles qui joueront sur ses places. Ce serait un miracle aux yeux du reste de ce peuple. Ainsi parle Yahvé Tzévaot : voici que Je sauve Mon peuple des pays d’orient et du soleil couchant. Je les ramènerai pour qu’ils habitent au milieu de Jérusalem. Ils seront Mon peuple, et Moi Je serai leur Dieu, dans la fidélité et la justice » (Zacharie 8:4-8)

Malachie, qui prophétisa tout à la fin du 6e siècle avant Yeshoua/Jésus-Christ, estima que, bien que le Temple eût été rebâti, on assistait à un tiédissement religieux et à un relâchement des moeurs. Il s’en prit fougueusement au peuple et au clergé.

Leur mauvaise conduite était une abomination, une profanation du sanctuaire cher à Yahvé et de l’Alliance de leurs pères (Malachie 2:11). Ses paroles devaient inciter Néhémie et Esdras à introduire leurs réformes religieuses.

Les exhortations de Zacharie en faveur de plus de justice trouvent ici un sévère écho :

« Je serai un témoin prompt contre les devins, les adultères et les parjures, contre ceux qui oppriment le salarié, la veuve et l’orphelin, déclare Yahvé Tzevaot » (Malachie 3:5).

Et lui aussi, renouant avec le fil de la puissante tradition de l’Alliance, achève son discours par ce rappel de D.ieu :

« Rappelez-vous la Loi de Moïse mon serviteur, à qui j’ai prescrit à l’Horeb, des lois et des coutumes, pour tout Israël » (Malachie 3:22).

La totale indépendance à laquelle aspirait la vague de Juifs de retour d’exil, dans la dernière partie du 6e siècle, fut lente à venir. Mais ce qu’ils établirent, à travers les paroles inspirées des prophètes, offrit une base assez solide pour permettre à leurs successeurs du 5e siècle (ceux qui revinrent sous la conduite de Néhémie et d’Esdras), de construire une communauté possédant sur son propre sol, une identité religieuse et nationale spécifique et durable.

Jonas, Abdias et Joël

Il est difficile de situer exactement les dates des trois derniers petits prophètes, Jonas, Joël et Abdias, car à la différence de ceux de nombreux autres prophètes, leurs livres ne contiennent aucune référence précise permettant de les situer sous tel ou tel roi, ou par rapport à tel ou tel événement mentionné ailleurs dans la Bible à une date connue.

Certains commentateurs avalisent la tradition selon laquelle leurs prophéties remonteraient au 8e siècle avant Yeshoua/Jésus-Christ. D’autres considèrent que Joël et Abdias appartiennent au 5e siècle avant Yeshoua/Jésus-Christ, et estimant Jonas beaucoup plus tardif, vont jusqu’à le placer au 3e siècle avant Yeshoua/Jésus-Christ.

Jonas

La popularité du livre de Jonas tient d’une part à l’histoire de la baleine, de l’autre au fait qu’il ne contient en tout et pour tout qu’une seule ligne de prophétie : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ! » (Jonas 3:4). Prédiction qui ne s’accomplit pas.

Cependant quels que soient sa date et son contexte historique, la portée fondamentale de l’enseignement qui se dégage de ce récit captivant, permet de comprendre pourquoi il a été inclus dans le recueil canonique des Douze petits livres prophétiques. C’est essentiellement une vivante illustration de la compassion divine.

Jonas, peu enthousiaste, s’enfuit dans la direction opposée lorsque D.ieu lui ordonne de se rendre à Ninive pour y admonester son peuple en raison de sa méchanceté. Mais un prophète ne peut pas échapper à sa tâche divine, et D.ieu fait agir les éléments pour le ramener, dans le ventre d’un grand poisson.

Jonas va à Ninive, prédit l’imminente destruction de la ville, et aussitôt le peuple se repent, depuis le roi en personne jusqu’au plus petit des sujets. Ils jeûnent, ils s’habillent de sacs, ils s’assoient dans la cendre, et D.ieu renonce au châtiment et les épargne.

Jonas est furieux, il insiste sur le fait qu’ils doivent payer pour leurs péchés. Il révèle alors qu’il s’était efforcé d’échapper à sa mission, précisément parce qu’il se doutait que cela risquait de se terminer ainsi :

« Je savais que Tu es un Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et te repentant du mal » (Jonas 4:2).

Mais il ne peut toujours pas se résoudre à croire que Ninive va réellement échapper au châtiment ; il sort de la ville pour voir ce qui va se passer.

D.ieu fait alors pousser dans la nuit un ricin au-dessus de Jonas, pour lui donner de l’ombre, mais envoie le lendemain un vers pour attaquer l’arbre. Le ricin dépérit, et Jonas souffre tous les inconvénients d’un soleil écrasant et d’un vent d’est brûlant, sans abri.

D.ieu lui demande alors s’il a raison de s’irriter pour ce ricin. Jonas répond : Oui, j’ai bien raison d’être fâché à mort. D.ieu réplique :

« Toi, tu as de la peine pour ce ricin, qui ne t’a coûté aucun travail, que tu n’as pas fait grandir, qui a poussé en une nuit et péri en une nuit. Et moi, Je ne serai pas en peine pour Ninive ? » (Jonas 4:9-11)

Abdias

Le livre d’Abdias, le plus court de la Bible (un seul chapitre), est une fougueuse diatribe contre Edom, coupable d’avoir aidé les ennemis d’Israël, existé devant son humiliation, et pris avantage de ses revers.

Edom avait occupé des territoires appartenant à Juda, s’était délectée à la vue de son frère au jour de son malheur, avait porté la main sur ses richesses au jour de son infortune, exterminé ses fuyards, et livré ses survivants au jour de l’angoisse (Abdias 1:13-14).

Abdias prédit qu’Edom et toutes les nations qui avaient causé du tort à Israël seraient rabaissées :

« Toi qui habites au creux du rocher, toi qui fais des hauteurs ta demeure, toi qui dis en ton coeur : qui me fera descendre à terre ? Quand tu t’élèverais comme l’aigle, quand tu placerais ton nid parmi les astres, Je t’en précipiterai, oracle de Yahvé ! » (Abdias 1:3-4)

« L’indépendance d’Israël et l’intégrité de son territoire seraient restaurées. Les exilés, les enfants d’Israël, graviront victorieux la montagne de Sion, et à Yahvé sera l’empire » (Abdias 1:21)

Joël

Joël fut un prophète apocalyptique qui usa d’un langage extrêmement puissant et d’une grande beauté pour traduire sa vision de l’imminence du jugement divin.

Il serait annoncé par une dévastation, dont Joël compare les ravages à ceux commis par une nuée de sauterelles. Jamais , peut-être, on ne vit description plus vivante, plus précise et plus poétique de ce phénomène.

Après ce jugement, et le châtiment de tous les oppresseurs d’Israël, se lèverait l’aube d’un nouveau monde de pureté, dont Jérusalem serait le joyau. Juda deviendrait une terre de fertilité, et ce jour-là :

« les montagnes dégoutteront de vin nouveau, les collines ruisselleront. Une source jaillira de la maison de Yahvé, et Juda sera habité à jamais, et Jérusalem d’âge en âge. Et Yahvé aura sa demeure à Sion. » (Joël 4:18-21)

Il enjoignit à son peuple de se préparer à ce jour de Yahvé dans la Vallée de la Décision, par une sincère pénitence et un retour aux voies de la justice, à la rectitude tant dans leur conduite que dans leur conscience :

« Déchirez votre coeur, leur dit-il, et non vos vêtements » (Joël 2:13)

 

Tels furent donc les hommes qui fondèrent et développèrent la nation juive et sa religion, façonnèrent un corps souverain de préceptes éthiques qui influencèrent presque la moitié de la race humaine, et établirent des idéaux auxquels continue d’aspirer toute société civilisée.

D’abord au long du rude désert du Sinaï, plus tard au milieu des paysages accidentés d’Israël, en temps de guerre comme en temps de paix, aux époques d’anarchie comme aux époques d’ordre, de trouble comme de calme, de splendeur comme de misère, ces géants de l’esprit suivirent leur chemin sans crainte, d’un pas ferme.

Leurs paroles éternelles retentirent à travers les siècles, pour venir modifier la façon de vivre et d’agir des hommes.

Leurs prophéties, exprimées en une langue sublime, s’adressaient aux oreilles des Juifs de leur propre génération, et pourtant elles devinrent la patrie portative du peuple juif, à travers tous ses siècles d’exil, et aboutirent de nos jours, à la renaissance de l’Etat d’Israël.

Elles ne concernaient que leur propre nation, et pourtant elles devinrent éternelles et universelles, et constituent aujourd’hui l’héritage de toutes les nations occidentales.

Les prophètes s’efforcèrent d’influencer les événements de leur temps, et n’y parvinrent pas toujours. Par contre, ils modifièrent le cours de l’histoire.

 

 

Notes

 

Extrait du livre « Dans les pas des Prophètes » de Moshe Pearlman. 

Moshe Pearlman (1911-1986)

Il a d’abord travaillé comme journaliste et a émigré en Israël, où il rejoint l’armée du nouvel État. 

De 1948 à 1952, il fut le premier porte-parole de l’armée israélienne.

Soldat, diplomate et écrivain israélien, il a arrêté Adolf Eichmann en 1960.

(1) Radoubeur : celui qui répare ou entretient la coque d’un navire.

(2) Solomon est un gouverneur byzantin de la première moitié du 6e siècle. En 534, il est nommé par l’empereur byzantin Justinien comme gouverneur de l’Afrique byzantine.