Vayishlah (Et il (Jacob) envoya), par Rav Emmanuel

Enseignements du Rav Emmanuel Rodriguez

Commentaires du Rav Emmanuel Rodriguez

Genèse 32 : 28

« Cette nuit-là », où Yaacov s’est trouvé au gué de Yabboc

Le combat de Yaacov n’a pas été celui de la possession du matériel, mais celui du futur, lié au Royaume de D.ieu.

Il nous enseigne le vrai sens de la délivrance. Car tout a été préparé en vue du Mashia’h.

Une étude pour que nos cœurs sachent s’orienter dans le plan de D.ieu.

Jacob/Israël, un combat pas comme les autres

Cette parasha nous conduit sans aucun doute vers l’un des plus grands mystères de la Torah. Suite à un combat mystérieux contre l’ange, il est dit : « Ton nom ne sera plus Yaacov, mais Israël ».  Il aurait été logique qu’après ce changement d’identité, il ne soit plus fait mention dans la Bible du nom de Yaacov comme pour Abram qui devient Abraham. Or, nous trouvons toujours dans la Bible la présence de ce nom Yaacov qui ne devrait plus apparaître.

Que signifie : « Yaacov » « Israël », est-ce une erreur ? La réponse est non ! Alors pourquoi, me direz-vous ces deux noms qui n’ont pas du tout le même sens et signification sont-ils présents ? Derrière ces deux noms se cache une intention divine.  

1. Pourquoi le nom de Jacob demeure

Il est dit : « Et ton nom ne sera plus Jacob. Israël sera désormais ton nom ». Pourquoi la Torah  conserve-t-elle alors le nom Yaacov ? Est-ce une double identité, une double nature ? 

Nous allons tenter de répondre à cette question.

Devons-nous comprendre que l’on doit distinguer ce qui tient de la temporalité et ce qui est infini, ce qui est physique (terrestre) et ce qui est lié spirituel (lié au céleste) ?

Ne serait-ce pas ce qui lutte en nous, ce combat entre pulsions charnelles et pulsions spirituelles ?

Nous apprenons que les noms Jacob et Israël sont tout cela et impliquent notre engagement, notre manière de servir D.ieu. 

Autrement dit, il y a un niveau spirituel relativement bas dans le service de D.ieu ou un niveau plus élevé.

Nous ne pouvons pas supprimer ce que nous sommes dans notre existence biologique et humaine, mais nous avons aussi une existence spirituelle, et les deux sont fondamentalement nécessaires.

Nos noms peuvent alors changer en fonction du vécu et de l’appel de D.ieu.

Ainsi, nous pouvons être dans un temps Yaacov et dans un autre Israël. Ce qui est lié aux temps de nos vies.

2. La signification profonde de Jacob et d’Israël

Le nom de Yaacov est lié à la bénédiction de son père Itzhak sous ce nom. 

Israël, en revanche, désigne la réception des bénédictions à l’issue de son combat et signifie, qu’il a reçu ses bénédictions de manière digne. Il est dit en hébreu serarah (au moyen d’une conduite noble, qui linguistiquement se rattache au nom Israël).

Il en ressort que si le monde matériel est préoccupé par le manger et le boire, il a en même temps conscience de son appel, dont le but est de révéler D.ieu dans ce monde. 

Dans le nom Israël, il est clair que l’âme de Yaacov/Jacob est détachée de la matérialité et recherche les buts spirituels de D.ieu. Il cherche à atteindre les niveaux les plus élevés de son appel.  

À la lumière de ces explications, nous pouvons comprendre le sens du verset « Ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël ; car tu as lutté avec D.ieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur ».

Il est bien précisé « parce que tu as lutté contre » et « d’avoir vaincu ». Non seulement ne sont-ils plus des barrières pour lui, mais ils approuvent même ses bénédictions. Non seulement il fut vainqueur, mais l’ange lui-même le bénit. 

3. Il lutta

Chez Jacob, sa libération du mal, du péché est sous tension constante. Il lutte contre lui-même, entre ses désirs et son service pour D.ieu (avoda).

Ce combat entre le yetser hara (mauvais penchants) et le yetser tov (bons penchants) est incessant dans la vie. Yaacov/Jacob n’a pas le choix, il doit vaincre pour rentrer dans son appel, qui est celui d’Israël. 

Israël est la marque et la reconnaissance de celui qui a vaincu. Désormais, il doit maintenir son niveau et l’élever. Et sa progression ne peut s’effectuer que dans la sainteté.

Ces deux noms Yaacov et Israël révèlent deux niveaux de vécus et de l’âme.

Yaacov est celui qui manifeste le degré le plus bas et Israël, les niveaux plus élevés de la sainteté et de la vertu.   

Tout ceci nous démontre l’importance de lutter pour vaincre et ainsi, atteindre les niveaux les plus élevés de notre appel.

Le combat situé entre les modes de vies dans la pensée grecque et l’âme d’Israël est un véritable combat.

La délivrance finale sera la fin de cette lutte par le règne du Mashiah Yeshoua.

La temporalité, temps de vie de Yaacov dans les nations, sera vaincu et commencera le temps de l’infini, le temps messianique d’Israël. 

Il s’accomplira dans le Shabbat. Ces promesses sont importantes pour notre vie et notre situation spirituelle. 

Yeshoua, notre Messie ne nous a t-il pas invité à comprendre le sens de la victoire !

« Prenez courage, j’ai vaincu le monde. » (Jean 16 : 33) 

Comment Yeshoua peut-il affirmer avoir vaincu le monde ? 

Quelques instants après ces paroles, il sera fait prisonnier, flagellé, condamné, tué de la façon la plus cruelle et la plus ignominieuse. Comment parler de victoire alors qu’il a été trahi et rejeté, dans un échec retentissant ?

En quoi consiste sa victoire ? Dans sa résurrection !

La mort n’a pas pu le retenir en son pouvoir. Et Sa victoire est si puissante qu’Il nous y fait participer. Se rendant présent parmi nous, Il nous entraîne avec Lui dans la plénitude de la vie, dans la nouvelle création.

Cependant, avant toute chose, Sa victoire est l’acte d’amour le plus grand, celui par lequel il a donné Sa vie pour nous.

C’est là, au cœur de la défaite, qu’Il triomphe totalement.

Du plus profond de la mort, Il nous a libérés de tout ce qui nous opprime, il a transformé ténèbres, souffrances, en une rencontre avec Lui.

Shaoul De Tarse/Paul exultait de joie en écrivant :

« Nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, […], ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de D.ieu manifesté en Yeshoua HaMashiah notre Seigneur ». (Romains 8 : 37-38 et 1 Corinthiens  15 : 57)

Oui, il affirmait, que Yeshoua a vaincu, qu’il a affronté toutes les adversités jusqu’à l’épreuve suprême de la mort, et qu’il en est ressorti vainqueur.

Alors, nous aussi, avec Lui et en Lui, nous pouvons vaincre toutes les difficultés. 

C’est pourquoi nous disons, après la conclusion du Shabbat : « Sois sans crainte, Jacob, Mon serviteur ». 

Parasha 8 : Béréchit/Genèse 32:4–36:43

Texte biblique

4 Jacob envoya des messagers en avant, vers Ésaü son frère, au pays de Séir (1), dans la campagne d’Édom.
5 Il leur avait donné cet ordre : « Vous parlerez ainsi à mon seigneur, à Ésaü : « Ainsi parle ton serviteur Jacob » :
6 « J’ai séjourné chez Laban et prolongé mon séjour jusqu’à présent. J’ai acquis boeufs et ânes, menu bétail, esclaves mâles et femelles; je l’envoie annoncer à mon seigneur, pour obtenir faveur à ses yeux.’ « 
7 Les messagers revinrent près de Jacob, en disant : « Nous sommes allés trouver ton frère Ésaü ; lui même vient à ta rencontre et quatre cents hommes l’accompagnent. »
8 Jacob fut fort effrayé et plein d’anxiété. II distribua son monde, le menu, le gros bétail et les chameaux en deux bandes,
9 se disant : « Si Ésaü attaque l’une des bandes et la met en pièces, la bande restante deviendra une ressource. »
10 Puis Jacob dit : « Ô Divinité de mon père Abraham, Divinité d’Isaac mon père ! Éternel, Toi qui m’as dit : « Retourne à ton pays et à ton lieu natal, Je te comblerai,
11 je suis peu digne de toutes les faveurs et de toute la fidélité que Tu as témoignées à ton serviteur, moi qui, avec mon bâton, avais passé ce Jourdain et qui à présent possède deux légions.
12 Sauve moi, de grâce, de la main de mon frère, de la main d’Ésaü ; car je crains qu’il ne m’attaque et ne me frappe, joignant la mère aux enfants !
13 Pourtant, Tu as dit : « Je te comblerai de faveurs et j’égalerai ta descendance au sable de la mer, dont la quantité est incalculable. »
14 Il établit là son gîte pour cette nuit et il choisit, dans ce qui se trouvait en sa possession un hommage pour Ésaü son frère :
15 deux cents chèvres et vingt boucs, deux cents brebis et vingt béliers,
16 trente chamelles laitières avec leurs petits, quarante vaches et dix taureaux, vingt ânesses et dix ânes.
17 Il remit aux mains de ses esclaves chaque troupeau à part et il leur dit : « Marchez en avant et laissez un intervalle entre un troupeau et l’autre. »

Haftarah

La haftarah (en hébreu : הפטרה – haftara ou haftarot au pluriel) est un texte issu des livres de Neviim (les Prophètes), lu publiquement à la synagogue après la lecture de la parasha, lors du Shabbat ou des jours de fêtes juives.

Ovadyah/Abdias 1:1-21

« Vision d’Abdias.

1 Ainsi parle le Seigneur Yahvé au sujet d’Édom. Nous avons entendu un message de la part de Yahvé, un héraut a été envoyé parmi les nations : “Debout! Marchons contre lui ! Au combat !”

Vois, je te rends petit parmi les peuples, tu es au plus bas du mépris !

L’arrogance de ton cœur t’a égaré, toi qui habites les creux du rocher, toi qui fais des hauteurs ta demeure, toi qui dis en ton cœur : “Qui me fera descendre à terre ?”

Quand tu t’élèverais comme l’aigle, quand ton nid serait placé parmi les étoiles, je t’en précipiterais ! oracle de Yahvé.

Si des voleurs venaient chez toi ou des pillards de nuit, resterais-tu tranquille ? Ne déroberaient-ils pas à leur gré ? Si des vendangeurs venaient chez toi, ne laisseraient-ils rien à grappiller ?

Comme Esaü est fouillé, et ses trésors cachés, explorés !

Ils te chassent jusqu’à la frontière, tous tes alliés ; ils se jouent de toi, tes bons amis ! Ceux qui mangeaient ton pain tendent sous tes pas des chausse-trapes : “Il n’a plus sa raison.”

Est-ce qu’en ce jour-là – oracle de Yahvé – je ne supprimerai pas d’Édom les sages et l’intelligence de la montagne d’Ésaü !

Témân, tes guerriers seront figés de terreur, afin que soit retranché tout homme de la montagne d’Ésaü. Pour le carnage,

10 pour la violence exercée contre Jacob ton frère, la honte te couvrira et tu disparaîtras à jamais !

11 Quand tu te tenais à l’écart, le jour où des étrangers emmenaient ses richesses, où des barbares franchissaient ses portes, et jetaient le sort sur Jérusalem, toi tu étais comme l’un d’eux !

12 Ne te délecte pas à la vue du jour de ton frère, au jour de son malheur ! Ne fais pas des enfants de Juda le sujet de ta joie au jour de leur ruine ! Ne tiens pas des propos insolents au jour de l’angoisse !

13 Ne franchis pas la porte de mon peuple au jour de sa détresse ! Ne te délecte pas, toi aussi, de la vue de ses maux au jour de sa détresse ! Ne porte pas la main sur ses richesses au jour de sa détresse !

14 Ne te poste pas sur la brèche pour exterminer ses fuyards ! Ne livre point ses survivants au jour de l’angoisse !

15 Car il est proche, le jour de Yahvé, contre tous les peuples ! Comme tu as fait, il te sera fait : tes actes te retomberont sur la tête !

16 Oui, comme vous avez bu sur ma montagne sainte, tous les peuples boiront sans trêve ; ils boiront et se gorgeront, et ils seront comme s’ils n’avaient jamais été !

17 Mais sur le mont Sion, il y aura des rescapés – ce sera un lieu saint – et la maison de Jacob spolie ceux qui l’ont spoliée.

18 La maison de Jacob sera du feu, la maison de Joseph, une flamme, la maison d’Ésaü, du chaume ! Elles l’embraseront et la dévoreront, et nul ne survivra de la maison d’Ésaü : Yahvé a parlé !

19 Et ils posséderont le Négeb, la montagne d’Ésaü, et le Bas-Pays, les Philistins ; et ils posséderont les champs d’Éphraïm, les champs de Samarie, et Benjamin possédera Galaad.

20 Et les exilés (c’était le commencement) des enfants d’Israël posséderont les Cananéens jusqu’à Sarepta, et les exilés de Jérusalem qui sont à Sépharad posséderont les villes du Négeb.

21 Les sauvés graviront la montagne de Sion pour juger la montagne d’Ésaü, et à Yahvé sera l’empire ! »

Résumé

Rentrant en Terre Sainte, Jacob envoie des messagers (des anges) vers Esaü dans l’espoir d’une réconciliation. Mais les messagers lui rapportent que son frère vient dans sa direction accompagné de quatre cents hommes. Jacob se prépare au combat, prie, et adresse à son frère un important don de bétail.
Au cours de la nuit qui suit ces évènements, Jacob fait traverser la rivière Yabboc (3) à sa famille et à ses possessions. Demeuré seul, il doit lutter jusqu’à l’aube avec un ange.
Bien qu’atteint à la hanche, Jacob est vainqueur et l’ange lui donne le nom d’Israël, « car, dit-il, tu as combattu contre des puissances célestes et des hommes et tu es resté fort ».
Jacob et Esaü se rencontrent enfin : les deux frères jumeaux s’embrassent puis chacun reprend son chemin.

 

Notes

(1) Le mont Séïr ou montagne de Séïr (hébreu : הַר-שֵׂעִיר; Har Se’ir ; s’r en langue hébraïque canonique, vocalisé en sari ou saru, soit « seigneur » en akkadien). Il désigne une région montagneuse où selon la Bible, Ésaü et les siens se sont installés après avoir quitté le pays de Canaan.

(2) Édom est un petit royaume du Proche-Orient ancien, situé au sud de la mer Morte, au sud de la Transjordanie et de la Judée, de part et d’autre de la vallée de l’Arabah. Le terme Édom désigne à la fois un peuple, les Édomites, et une région.

(3) La rivière Yabboc (Jabboc) est un important affluent du Jourdain ; il prend sa source près de Rabbath-Ammon.