5e fête : Rosh HaShana

La Fête des Trompettes est faussement appelée « Rosh HaShana » ou « Tête de l’année », ce qui n’est pas du tout le cas, puisqu’elle est la 5e fête placée au 7e mois de l’année religieuse, selon D.ieu (cf. le Calendrier juif des fêtes bibliques).

En réalité, la tête de l’année c’est Pessah, car D.ieu a dit :

« Ce mois-ci (le mois de Nissan) sera pour vous le premier des mois de l’année » (Exode 12 : 1).

« Cette date sera pour vous le commencement des mois » (Chémote 12, 2)

« Au 7e mois, le premier jour, vous ne travaillerez pas, ce sera pour vous un repos solennel, sonneries, convocation, vous offrirez un sacrifice à Hachem. » (Vayiqra 23, 25)

Le sens de l’expression

L’expression Rosh HaShana signifie « tête de l’année », jour de l’an. La veille de Rosh HaShana, les prières sont les mêmes que le vendredi soir, hormis quelques modifications dans la prière silencieuse et debout des 18 bénédictions, la chemoné êsseré.

Ces modifications expriment les caractéristiques précises de Rosh HaShana

  • la souveraineté et reconnue de Hachem, roi unique
  • doit entrainer la crainte de tous les humains
  • et son Nom se manifester à toutes ses créatures
  • pour que règnent la paix, la joie, l’espérance, la croissance, la lumière, la justice
  • pour que disparaissent méchanceté et tyrannie
  • que Jérusalem soit reconnue comme Sa résidence
  • et qu’Il est le Dieu d’Israël

C’est pour cela que l’on ne dit pas, comme pendant l’année, haél haqqaddoche (le D.ieu saint) mais hammélékh haqqaddoche (le Roi saint).

La reconnaissance de la royauté de Hachem est la condition du bonheur.

En conséquence, nous exprimons cette reconnaissance et nous demandons qu’Il nous accorde les conséquences qui en découlent : « la vie, la vie bonne » ; ces termes hayim tovim reviennent continuellement.

Car Hachem est le Roi qui « veut la vie » (mélékh ‘haféts ba ‘hayim).

Notre implication

  1. Les sacrifices sont introduits dans la Torah par l’expression véhiqravtém (vous sacrifierez, Bamidbar 29, 8), tandis que celui de Rosh HaShana est introduit par vaâssitém (Bamidbar 29, 2), nos sages en concluent que celui-ci implique davantage encore la personne de celui qui l’apporte que les autres sacrifices.
  2. Mais n’oublions pas que toutes les prières se font à l’intérieur d’une demande pour l’ensemble du peuple d’Israël.
  3. Nous demandons d’être inscrits dans ce programme de vie, non pas pour notre avantage, mais pour le Dieu de vie (lémaâne Eloqim ‘hayim).
  4. Nous sommes conscients de nos manques et nos fautes précis, présents devant le Roi et le Juge Suprême, comme dans un livre, ainsi que le psaume le décrit (69, 20) ou les Principes des Pères 2, 1. Ce livre est ouvert et débattu, c’est le jour du jugement, « yom haddine » qui dure jusqu’à Yom Kippour. Ce jour-ci, ce ne sont pas les autres ni nous-mêmes que nous prenons comme critères de nos actes et pensées, ce ne sont pas eux qui nous jugent mais D.ieu seul. Le monde entier est passé à cette mesure. La décision est prise du côté de la vie ou de la mort, mais il ne s’agit pas seulement de la mort physique. C’est pour cela que ces jours ne sont pas appelés « jours de sainteté », mais « jours du jugement ».
  5. Cependant, l’assurance de la bonté de Hachem fait que ce jour est vécu par nous comme une fête que nous devons traduire par la beauté et la gaieté des vêtements (Talmud de Jérusalem, Roche hachana 1, 3).
  6. Nous avons à le vivre comme le début d’une re-création, ainsi que les sages (TZ, 81 b) le disent sur l’anagramme parfait du mot béréchite et de alef bétichri (commencement -1e Tichri).
  7. Ainsi, le Zohar (I 37 a ; III 100 b) dit que ce jour-là, Adam comparut devant le tribunal divin, et se repentit (Adam fit techouva), et Dieu accepta son repentir et lui dit : « tu seras un exemple et un signe pour tous tes enfants dans toutes les générations, en ce jour ils seront placés devant Mon tribunal, et s’ils se repentent et reviennent vers Moi, je les recevrai ».

Le jugement de cette comparution sera ratifié définitivement à Yom Kippour.

Usages et voeux

Pour tous ces motifs, voici comment nous formulons nos souhaits les uns aux autres, en nous rencontrant, lors de ce premier jour de la fête :

  • envers plusieurs : léchana tova tikatévou (que vous soyez inscrits pour une bonne année)
  • envers une femme : léchana tova tikatévi
  • envers un homme : léchana tova tikatév

C’est la tonalité majeure de la fête, qui inclut bien entendu un réveil de tout notre être pour que cela puisse se réaliser, ce qui est la fonction active des sonneries du Shofar.

Le Miqvé  

Beaucoup ont l’usage d’aller au miqvé pour se purifier dans tout leur être avant Rosh Ha Shana. Comme nombreux sont ceux qui le font aussi avant chaque Shabbat. Ceux qui ont cette intention mais ne le peuvent pas pour des raisons diverses, prennent une douche et déversent sur la tête et le corps la quantité d’eau correspondant à 13 qabim. Un qav correspond à environ un litre et demi.

Tachlikh

Le terme veut dire « jeter pour immerger ».

Hachem immergera toutes nos fautes comme dans les profondeurs de la mer pour qu’elles y disparaissent à tout jamais, même du souvenir. Mais il y a aussi d’autres sens.

On se rend donc au bord d’une eau courante, après min’ha, et on y jette symboliquement le contenu de nos poches après les prières. On va auprès d’un fleuve, au bord de la mer, certains montent sur une hauteur d’où ils apercevront la mer ou le Lac de Tibériade de loin.

S’il y a un endroit où se trouve des poissons, on le choisira. Et évidemment, on évitera tout endroit à proximité de saletés ou de personnes qui ne sont pas en tenue convenable. On veillera prudemment aux enfants, excités par ce rite inhabituel, et qu’on aurait moins surveillés au bord de l’eau pendant les prières. Ceux qui le feront en ouvrant une plaque au dessus d’un passage d’eau veilleront à bien la replacer pour éviter tout accident, et sans compter sur ceux qui pourraient éventuellement venir après.

A Jérusalem, quand il n’y a pas d’eau dans les puits, on ouvre cependant un puits en pensant aux eaux du fleuve de vie qui est En-haut, et qui est l’Essentiel. Certains dansent de joie à la fin du rite. A Jérusalem, le lac du Jardin botanique sera entouré d’une foule venue prier et jeter ses péchés sur l’eau vers les poissons.

On récite aussi quelques versets, le texte de Mikha 7,18-20, le psaume 118 5-9, qui est le parallèle des qualités divines décrites en Bémidbar 34,6-7, puis les psaumes 33 et 130 et Isaïe 11,9. Les usages dans le choix des textes peuvent varier suivant les communautés.

Quand Rosh Ha Shana a lieu un Shabbat, on fait cette cérémonie le second jour.

Le Michna et le Talmud ont un traité consacré à Rosh HaShana.

Le Seder (repas) de Rosh Ha Shana

On mange des aliments dont le symbolisme ou des mots expriment ces voeux et aspirations.

On retrouve principalement trois plats : l’épaule d’agneau aux fonds d’artichauts, accompagné d’un ragoût de fèves fraîches, les boulettes et le poulet aux oignons.

Ce jour-là, on offre des corbeilles de fruits à ses proches, pour leur portée symbolique.
Pour les juifs ashkénazes (juifs d’Europe de l’Est), la soupe de poulet est l’un des plats les plus importants. Les Ashkénazes mettent en valeur sur la table, parmi les mets, la tête de poisson (être à la tête et non à la queue), et le poisson (est censé être protégé du mauvais oeil car il est dans l’eau qui symbolise la Torah). Ils trempent le motsi (bénédiction du pain) dans du miel, symbole de la Torah également,  ou après le motsi trempent une pomme dans du miel. On y demande que l’année soit douce du début à la fin.

N’oublions pas la traditionnelle tranche de pomme Granny Smith trempée dans du miel pour avoir une année pleine de douceurs. On trouve aussi le vin blanc comme symbole des fautes expiées. Il est conseillé de poser quelques ingrédients sur la table qui représentent des bons présages :
–    la courge (abondance, fécondité),
–    la figue (la richesse),
–    la grenade (vie, amour, fertilité et prospérité),
–    les grains de sésame (la multiplication et immortalité),
–    le jujube (symbole de la limite et de la mesure dans l’espace et dans le temps),
–    la pomme (représente les nouveaux fruits)…

De leur côté, les juifs Séfarades ont un séder avec :

  • une bénédiction sur les dattes (en hébreu « tamar »). On demande que nos péchés se terminent « tama »,
  • une bénédiction sur les haricots blancs, ou les jujubes (roubia), on demande que nos méritent se multiplient (rabim),
  • une bénédiction sur les poireaux (nom en hébreu proche de « retrancher »), on demande que nos ennemis soient retranchés,
  • une bénédiction sur les blettes ou les épinards (nom en araméen proche de salqa, retrancher), on demande que nos ennemis soient retranchés,
  • une bénédiction sur les courges (nom en hébreu « qra »), on demande que les mauvais décrêts soient déchirés (qéra),
  • une bénédiction sur les grenades, elle contient 613 grains comme les 613 mitsvotes,
  • une bénédiction sur la pomme, pour sa douceur, et pour le symbole de la phrase du Cantique des Cantiques 8,5: « sous le pommier j’ai éveillé ton amour (ta’hate ha tapoua’h ôrartikha) »,
  • une bénédiction sur la tête d’agneau ou de mouton qui correspond au symbolisme de la tête de poisson.

Les autres symbolismes sont aussi un rappel du loulav, de sa douceur, de la hauteur ou grandeur de son arbre, un rappel en cela du tsaddiq (le juste qui est décrit comme un palmier qui donne ses fruits = tsaddiq ka tamar yifra’h). Son coeur le distingue de tous les autres arbres.

On évite les aliments dont le symbolisme ou des lettres pourraient rappeler une orientation moins bonne (comme égoz, la noix, dont le chiffre correspond à celui de ‘hét, péché).